Patrick Muyaya met en garde Kagame : « Le Congo va l’absorber »

Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a adopté une posture ferme face à la persistance de l’insécurité dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans une interview accordée ce 9 mars 2025 à DW Afrique, il a réaffirmé la détermination du gouvernement congolais à restaurer l’intégrité du territoire par tous les moyens.

Pour Patrick Muyaya, les mesures prises jusqu’ici contre Kigali ne suffisent pas à faire appliquer la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige le retrait des troupes rwandaises de la RDC. « À défaut de l’affaire, il faut envisager des mesures diplomatiques fortes, car le président rwandais avait prévenu qu’il n’aurait pas peur des sanctions. C’est une manière pour lui de défier le monde entier », a-t-il dénoncé.

Le ministre alerte également sur les risques d’un effet domino régional si la situation n’est pas rapidement maîtrisée. « Face à l’horreur qui perdure à l’Est, on ne peut pas ne pas réagir, et très rapidement, pour éviter qu’il y ait un effet contingent et que le conflit ne s’étende à toute la sous-région ».

Sur l’efficacité des sanctions pour contraindre Paul Kagame à retirer ses troupes, Muyaya se montre catégorique : « La question n’est pas d’espoir, la question est qu’il n’a pas le choix. Il n’est pas chez lui, le Congo n’est pas son pays. Il n’a pas le droit d’avoir ses militaires chez nous. Donc, s’il ne quitte pas par la voie diplomatique, il quittera par la force. Le Congo est trop grand pour lui, le Congo va l’absorber ».

Une déclaration percutante, qui s’inscrit dans une stratégie assumée de fermeté. « Nous sommes dans une posture où nous allons utiliser toutes les voies possibles pour restaurer l’intégrité de notre territoire, et cela, personne ne nous en empêchera ».

Muyaya met également en avant les avancées en matière d’enquêtes internationales. « Cette fois-ci, il y a une volonté claire qui est exprimée. À Genève, tous ont adopté la résolution qui condamne le Rwanda et qui l’oblige à retirer ses troupes de la RDC ».

Quant aux allégations rwandaises sur la présence des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), il les balaie d’un revers de main : « Nous, on appelle le Rwanda : l’empire du mensonge. La guerre est menée parce qu’on veut piller, parce qu’on veut garder la main sur nos ressources naturelles et minières ».

Interrogé sur la médiation proposée par l’Église catholique et l’ECC (Église du Christ au Congo) pour un dialogue avec le M23, Muyaya clarifie la position du gouvernement : « Ce n’est pas un refus catégorique. Le président a reçu la délégation des Églises et attend leur rapport. Mais lorsqu’il s’agit du M23, il n’y a pas de débat : nous ne négocierons pas avec des pantins ».

Il insiste sur la distinction entre un dialogue direct et indirect : « Penser discuter directement avec le M23, c’est exclu ! »

Concernant un éventuel accord d’échange entre la RDC et les États-Unis sur les minerais en échange de la sécurité, Muyaya tempère : « La RDC est un pays minier, et nous avons décidé de diversifier nos partenaires. Si des intérêts américains veulent investir chez nous, il n’y a pas d’inconvénients ».

Avec cette interview musclée, le ministre Muyaya envoie un signal clair : la RDC ne compte ni céder aux pressions ni reconnaître les groupes armés soutenus par le Rwanda.

Osée MABIALA

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