Le concert Solidarité Congo, organisé pour collecter des fonds en faveur de l’UNICEF afin de venir en aide aux enfants victimes du conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), se retrouve au cœur d’une polémique inattendue. Cet événement, prévu le 7 avril à l’Accor Arena de Paris, réunira des stars de la musique française et africaine, parmi lesquelles Gims, Youssoupha, Ninho, Damso, Josman, Kalash Criminel, Guy2bezbar et Angélique Kidjo. Cependant, la Communauté rwandaise de France (CRF) demande son report ou son annulation, invoquant un calendrier sensible.
La controverse repose sur la proximité de la date du concert avec la commémoration du génocide des Tutsis, le 6 avril. La CRF estime que cet événement caritatif, bien que noble dans son intention, pourrait détourner l’attention des cérémonies dédiées à la mémoire des victimes du génocide de 1994, qui a fait plus de 800 000 morts. Un choix de date « maladroit », selon elle, qui suscite un profond malaise.
Pourtant, cette opposition soulève des questions. Si le respect dû aux victimes du génocide rwandais est indéniable, il ne saurait occulter les souffrances endurées par les Congolais, notamment dans l’Est de la RDC. Depuis des décennies, cette région est le théâtre de violences insoutenables, marquées par des millions de morts, de déplacés et d’enfants privés d’avenir. Les Forces de défense rwandaises (FDR) sont régulièrement pointées du doigt pour leur implication dans ces atrocités, aux côtés de groupes rebelles comme le M23, soutenu par Kigali.
Aujourd’hui, près d’un million et demi d’enfants congolais sont privés d’école en raison de ce conflit. Le concert Solidarité Congo vise précisément à attirer l’attention sur cette crise humanitaire et à mobiliser des ressources pour y répondre. Dans ce contexte, l’opposition de la CRF apparaît, pour certains, comme une tentative de détourner le regard des réalités congolaises.
Alors que les tensions persistent, une question demeure : faut-il opposer les mémoires des victimes, ou au contraire, unir les efforts pour soutenir toutes celles et ceux qui souffrent des conséquences de ces conflits ? Pour beaucoup d’observateurs africains, l’attitude de la communauté rwandaise s’apparente à un aveu de culpabilité.
Osée MABIALA