La proposition d’Olivier Kamitatu de transformer la RDC en une « République Fédérale articulée autour de six régions historiques » a ouvert un débat important sur l’avenir du pays. Alors que l’ancien président de l’Assemblée nationale y voit une « rupture audacieuse » nécessaire, le député Delly Sesanga met en garde contre un « éclatement du pays », tandis que l’analyste Me Mike Nyembo plaide pour une approche progressive.
Le fédéralisme comme remède à la « centralisation étouffante »
Pour Olivier Kamitatu, le modèle unitaire actuel, hérité de la colonisation et renforcé sous Mobutu, freine le développement. « Kinshasa, éloignée des réalités locales, peine à gérer un pays aussi vaste et divers », souligne-t-il, dénonçant une décentralisation devenue « lettre morte ».
Sa solution repose sur un fédéralisme inspiré des modèles canadien ou allemand, avec six régions autonomes (Orientale, Équateur, Kongo, Kasaï, Kivu, Katanga), s’appuyant sur leurs spécificités culturelles et économiques. Il propose également une redistribution claire des richesses : 60 % des revenus locaux resteraient dans les régions, 30 % iraient au gouvernement fédéral, et 10 % alimenteraient un fonds de solidarité nationale.
Selon Kamitatu, une « gouvernance de proximité » pourrait résoudre les crises, notamment dans l’Est : « La proximité du pouvoir apaiserait les frustrations exploitées par les groupes armés ».
Face aux craintes de sécession, Kamitatu se veut rassurant : « Ces crises venaient d’une décolonisation chaotique, non du fédéralisme », arguant qu’une Constitution claire et une armée nationale forte garantiraient l’unité.
« Un risque de balkanisation incontrôlable »
Le député national Delly Sesanga rejette catégoriquement cette idée, jugeant le contexte actuel trop fragile. « Dans un pays que vous ne maîtrisez pas dans son intégrité territoriale, les revendications fédéralistes risquent de faire éclater ce pays », a-t-il averti.
Pour Sesanga, le fédéralisme représente un danger géopolitique : « Ne contrôlant pas l’intégrité du territoire, [Ndlr : les promoteurs du fédéralisme] vont faire le jeu de la balkanisation ».
Il souligne également le risque d’affaiblir les institutions congolaises : « Plus personne ne reconnaîtra ni les institutions, ni les animateurs », menant à une dislocation pure et simple. Sesanga prône une approche prudente, priorisant la stabilisation du pays avant toute refonte territoriale.
Une réforme nécessaire, mais à préparer avec rigueur
Me Mike Nyembo partage la vision de Kamitatu sur le fond, mais en souligne les risques. « Parler de fédéralisme n’a rien de choquant, mais mal encadrée, cette transition comporte des dangers majeurs », a-t-il déclaré.
Parmi ces dangers, Nyembo cite la sécession de régions riches (comme le Katanga) ou des conflits interrégionaux pour les ressources. Il met également en garde contre la résistance du pouvoir central et la complexité administrative.
Pour lui, « Une telle refondation nécessite au moins 10 ans de préparation », préconisant d’abord une réforme constitutionnelle menant à un retour à six provinces viables et une éducation citoyenne avant un saut vers le fédéralisme.
Un débat révélateur d’une quête commune
Au-delà des divergences, ce débat révèle une quête commune : repenser la gouvernance d’un pays dont le potentiel contraste avec ses réalités. Kamitatu mise sur la rupture, Sessanga sur la prudence, Nyembo sur la transition.
Une chose reste cependant sûre : la RDC devra trancher entre le statu quo étouffant et une réforme risquée mais potentiellement libératrice. Comme le rappelle Kamitatu, « il est temps pour nous, Congolais, de reprendre en main notre destin ».
Reste à savoir si ce destin passera par un fédéralisme ambitieux ou par une consolidation patiente de l’État actuel. L’enjeu, in fine, est de concilier unité nationale et diversité, sans sacrifier ni la stabilité, ni le progrès.
MATSHI Darnell