Le dialogue n’est ni une concession de faiblesse ni un exercice de style réservé aux cercles diplomatiques. Il constitue, selon la définition qu’en donne le cardinal Fridolin Ambongo Besungu dans son intervention à Assise, l’exercice le plus exigeant de la politique et le seul chemin viable vers la paix. L’archevêque de Kinshasa insiste sur le fait que « le dialogue est le mot sacré, le mot-clé qui peut nous sauver, et il faut avoir le courage de le mener même avec ceux que nous considérons comme des ennemis ». Fustigeant les démarches partielles ou biaisées, il tranche catégoriquement en déclarant que « un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue ». Cette vision semble radicalement trancher avec les logiques de la présidence de la République.
Pourtant, cette voie cardinale se heurte aujourd’hui à un mur d’intransigeance en République démocratique du Congo. Le prélat déplore avec force l’impasse d’un processus national de réconciliation vidé de sa substance par les calculs partisans. Alors que le tandem CENCO-ECC avait proposé un pacte social pour le bien-vivre ensemble, les initiatives de conciliation piétinent. Le cardinal déplore le fait que « l’on pose des préalables, on trace des lignes rouges, on décide à l’avance qui pourra s’asseoir à la table et qui en sera exclu ».
Pour briser ce cercle vicieux, le Cardinal Ambongo appelle à un sursaut d’autorité morale qui s’apparente au courage de la négociation. Loin de céder au défaitisme, il rappelle que la force véritable réside dans la capacité à surmonter les ressentiments pour bâtir l’avenir avec l’adversaire d’hier. Rappelant les leçons de l’histoire africaine, il souligne que « la paix ne se fait pas entre amis ; elle se fait entre adversaires qui acceptent de se reconnaître comme frères », tout en démontrant que « le dialogue n’est pas la voie des faibles, c’est la voie des forts, de ceux qui ont assez de force intérieure pour ne pas avoir besoin d’écraser l’autre ».
Cette urgence du dialogue trouve sa justification la plus poignante dans la radiographie que le Cardinal dresse de la tragédie congolaise. Depuis trois décennies, l’Est du pays subit un conflit dévastateur marqué par des millions de déplacés et une insécurité alimentaire chronique, exacerbée par la chute récente de grands centres urbains comme Goma et Uvira. L’archevêque explique cette persistance par la marchandisation à outrance de la condition humaine, assénant que « au Congo, l’être humain a perdu sa valeur, sa dignité d’être créé à l’image de Dieu n’est plus reconnue ; seuls comptent les minerais et les richesses ».
Cette crise humanitaire et sécuritaire nourrit une double injustice, à la fois intérieure par la concentration des richesses entre les mains d’une minorité et extérieure par le pillage systématique des ressources. Pour le cardinal Ambongo, la Communauté internationale porte une lourde responsabilité face à ce qu’il qualifie de silence coupable, ce qui l’amène à exhorter les puissances étrangères en reprenant l’injonction pontificale : « Retirez vos mains de la République démocratique du Congo, retirez vos mains de l’Afrique, cessez d’étouffer l’Afrique : elle n’est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser ».
La Rédaction