Guerre dans l’Est de la RDC : la société civile du Sud-Kivu alerte sur le danger des « accords signés à la va-vite, sans s’attaquer aux racines des crises »

Bien que maintenues à distance dans les négociations entre le gouvernement congolais et le mouvement AFC-M23 se poursuivent à Doha, les organisations de la société civile refusent de rester les bras ballant. Dans un mémorandum signé le 17 mai dernier, les leaders sociaux du Sud-Kivu dressent un tableau alarmant de la situation dans l’Est de la RDC : massacres, déplacements massifs, blocus économique et processus de paix fragilisé par des réformes inabouties. Ils interpellent les parties prenantes pour qu’elles priorisent « les intérêts vitaux de la population ».

Une crise régionale aux racines multiples

Les provinces de l’Ituri, du Nord et Sud-Kivu, du Maniema et du Tanganyika subissent « une recrudescence des violences armées », marquée par des massacres, assassinats ciblés, viols et pillages systématiques des ressources naturelles, entraînant des déplacements massifs de civils. La société civile souligne que ces violences, longtemps cantonnées à l’Est, s’étendent désormais à l’Ouest avec le phénomène Mobondo, « qui n’a pas encore livré tout son secret », aggravant encore la crise humanitaire.

L’offensive de l’AFC-M23 et la prise de Goma et Bukavu ont, selon le document, mis en lumière non seulement des enjeux sécuritaires régionaux, mais aussi « des causes profondes des conflits trop souvent négligées ». Parmi celles-ci figurent la signature répétée d’accords précipités, sans résolution des questions essentielles, l’échec des réformes clés (sécurité, justice, foncier) ainsi qu’une « répartition inéquitable des richesses nationales », transformant Kinshasa en un « centre de consommation des ressources sans contrepartie pour les provinces », en violation flagrante de la Constitution.

Des efforts diplomatiques à saluer

La société civile du Nord-Kivu reconnait le rôle du Qatar dans la reprise des pourparlers entre la RDC et les Rwanda, d’une part, et de de l’autre, entre la RDC et l’AFC/M23. Dans le document, elle regrette que les processus de Luanda et Nairobi ait « piétiné » alors que, selon elle, « les problèmes africains devraient trouver des solutions panafricaines ». Elle salue néanmoins la médiation ayant permis la rencontre entre les présidents congolais et rwandais, tout en appelant à une approche plus inclusive et ancrée dans les réalités locales.

Un « blocus » qui asphyxie les populations

Le mémorandum dépeint une situation socio-économique catastrophique dans la partie Est du pays, avec un « blocus économique » causé par la destruction des infrastructures routières et les restrictions de mouvement imposées par l’insécurité. Des millions de Congolais se retrouvent privés de leurs économies, les banques et institutions financières étant inaccessibles, tandis que les élèves et étudiants finalistes « plongent dans une incertitude grandissante » à l’approche des examens d’État, faute de moyens logistiques et sécuritaires pour les organiser.

Face à cette crise multiforme, la société civile exige en priorité la mise en place de « mesures de confiance », indispensables pour rétablir un climat de stabilité. Parmi celles-ci, elle insiste sur la nécessité de rouvrir les axes routiers et aéroportuaires pour permettre la libre circulation des biens et des personnes, ainsi que l’acheminement de l’aide humanitaire. Elle réclame également un mécanisme d’urgence pour garantir la tenue des examens scolaires, et une réunification du système sanitaire, incluant l’accès aux médicaments et la relance des campagnes de vaccination.

Pour une paix pérenne, le document plaide en faveur de réformes profondes, notamment une refonte « claire et transparente » des secteurs de la sécurité et de la justice, incluant un processus rigoureux de vérification des effectifs. Il appelle à un « fédéralisme équitable » permettant une meilleure redistribution des ressources entre Kinshasa et les provinces, mais aussi à une réduction du train de vie de l’État.
La société civile souligne l’impérieuse nécessité d’une justice transitionnelle, via la création d’une commission « vérité et réconciliation indépendante », seule à même de panser « les blessures sociétales laissées par des décennies de conflits ».

Le mémorandum met en garde contre les raccourcis politiques : « Les accords signés à la va-vite, sans s’attaquer aux racines des crises, ne font que préparer les guerres de demain ».

MATSHI Darnell

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