Les vieux démons de l’intolérance politique semblent avoir la peau dure en République démocratique du Congo. Membre de l’Engagement citoyen pour la démocratie (Ecidé), parti de Martin Fayulu, Jipson Mvumbi Lokosa, vit la peur au ventre. Militant de ce parti d’opposition depuis mars 2021, M. Mvumbi doit son militantisme à Jean-Baptiste Kashekwa, vice-président national du parti qu’il considère comme son mentor.
Moins d’une année après son adhésion à l’Ecidé, Jipson Mvumbi a vu ses déboires commencer. Le 24 avril 2022, il est arrêté alors qu’il participait à une manifestation organisée devant le Palais du peuple à Kinshasa mais dispersée par la Police. «Ils m’ont arrêté avec plusieurs autres résistants et conduit vers un cachot dans la commune de Kasa-Vubu», explique-t-il aujourd’hui.
Depuis cette première arrestation, sa vie n’a plus jamais été la même. Pour cause, des violences subies pendant sa détention qui lui auraient marqué. Selon lui, la Police aurait utilisé des méthodes stalinistes avec des coups et des décharges électriques pour le fatiguer. «J’ai eu la vie sauve grâce aux relations d’un avocat engagé par la famille et qui a dû utiliser ses liens politiques», relate-t-il.
Deux mois de détention qui, au lieu de le décourager, ont plutôt renforcé son engagement politique, malgré une signature obtenue dans la contrainte pour qu’il renonce à toute activité politique au sein de l’opposition.
Cinq mois plus tard, il est pourtant désigné chef de cellule de l’ECiDé dans le quartier Terminus, à Lemba. En mai 2025, il est dans la mobilisation pour une manifestation de l’opposition pour dénoncer la situation socio-économique du pays et réclamer la démission de la Première ministre Judith Suminwa. Pour empêcher la tenue de l’activité, la Police lance un bouclage pour réduire les «mobilisateurs» au silence et Jipson Mvumbi est de nouveau placé sous les verrous.
Cette fois-ci, le récit change. «J’ai été surpris quand on m’apprend les charges retenues contre moi. Il s’agissait de prétendus liens avec la rébellion de l’AFC/M23 pour contribuer à la déstabilisation des institutions. Je n’en revenais pas», se rappelle-t-il.
Aujourd’hui encore, ce militant de l’Ecidé garde les vestiges de ces «traumatismes» alors qu’il a réussi à s’évader des «geôles du pouvoir» et à traverser de l’autre côté du fleuve grâce à l’implication de certaines têtes couronnées de son parti. «Je sais que ce n’est pas encore la fin. Même ici, ils peuvent m’atteindre. Je suis en quête d’une solution définitive», explique M. Mvumbi. Conscient de sa situation, il exclut tout retour au pays, «du moins pour l’instant».
Eric Ndombasi