Par Schilo Citeng T.
Le design graphique a longtemps été une discipline où s’entrelacent couleurs, typographies, symboles et illustrations pour donner naissance à des visuels à la fois communicants et esthétiques. Devenir designer graphique, c’était autrefois s’imprégner d’un héritage visuel riche, observer, étudier, interpréter et s’inspirer des œuvres de maîtres incontestés du domaine. Paul Rand, créateur du logo emblématique de Coca-Cola, reste encore aujourd’hui un modèle d’originalité et de vision artistique.
En 2025, le paysage du design est en pleine mutation. L’arrivée massive des technologies émergentes et le développement fulgurant de l’intelligence artificielle transforment les pratiques, bouleversent les repères et posent une question essentielle : le designer graphique est-il en train de perdre sa main et sa créativité au profit de la machine ?
Grâce à de simples lignes de texte, les fameux prompts, des outils d’intelligence artificielle sont désormais capables de générer, en quelques secondes, logos, affiches et autres créations graphiques « acceptables » aux yeux de nombreux clients. Une efficacité troublante, qui, bien qu’elle fascine, soulève une vague de critiques.
Au-delà de la prouesse technique, c’est l’essence même de la création graphique qui semble menacée : la sensibilité humaine, l’émotion, l’authenticité… Ces éléments immatériels, mais fondamentaux, tendent à disparaître dans les productions automatisées. Les clients eux-mêmes pointent du doigt une uniformisation des visuels, une personnalisation limitée, et une froideur qui trahit l’absence d’une touche humaine derrière la création.
Et pourtant, dans un contexte économique tendu, difficile pour certains clients ou créatifs en panne d’inspiration de résister à la tentation de l’IA. Moins coûteuse, plus rapide, et toujours disponible, elle apparaît comme une solution pratique. Mais à quel prix ?
Le danger, c’est que les nouveaux designers, séduits par la facilité de l’i.a, renoncent à cultiver leur propre style.
Le risque, c’est qu’ils s’effacent de l’histoire du design sans jamais y avoir laissé leur empreinte, ayant préféré copier plutôt que créer, automatiser plutôt qu’exprimer.
Si hier, des figures comme Paul Rand, ont marqué leur époque par leur inventivité, aujourd’hui, l’enjeu est de taille : redonner sa place à la main humaine, à l’intention artistique, à la réflexion visuelle. Car c’est là que réside encore, et toujours, la vraie valeur du design.
Schilo Citeng, coach et graphic designer.