Ituri : la MONUSCO remet un projet d’aquaculture à la communauté de Banywagi pour lutter contre les violences communautaires

À Tchomia, sur les rives du lac Albert, un espoir nouveau prend forme. Après six mois d’expérimentation, la MONUSCO a remis à la communauté de Banywagi un projet d’aquaculture moderne, conçu pour apaiser les tensions, créer de l’emploi et offrir une seconde chance aux jeunes et anciens combattants.

Le projet, financé à hauteur de 99 000 dollars américains, repose sur une technique innovante : l’élevage de tilapia en cages flottantes écologiques, fabriquées avec des matériaux recyclables tels que des fûts plastiques et des tuyaux en PVC. L’objectif est de proposer une alternative durable à la pêche traditionnelle, tout en contribuant à la régénération du Lac Albert, victime de surexploitation.

Une réponse sociale et environnementale

« Ce projet est novateur pour cette communauté de pêcheurs, souvent victime de tracasseries et exposée à de nombreux risques sur le Lac », explique Florent Gbombo Nzama, coordonnateur du Réseau des Associations pour le Développement Durable (RAD), qui a mis en œuvre cette initiative, en appui au Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (PDDRC-S).

Depuis six mois, 53 000 alevins de tilapia ont été introduits dans les cages. Cent bénéficiaires directs, 50 femmes vulnérables et 50 jeunes à risque ou ex-combattants ont été formés à la construction, l’entretien et l’alimentation de ces structures. Le projet offre des bénéfices immédiats : emplois temporaires, autonomisation économique, et surtout, espoir d’un avenir pacifié.

« Ce projet m’a sauvé »

Parmi les bénéficiaires, Lokolo Lumeri, 51 ans, ancien combattant, témoigne avec émotion : « Ce projet est tombé comme un fruit du ciel. Je vivais de la moto-taxi sans grand revenu. Aujourd’hui, je sais élever du poisson, je pense déjà à acheter une maison. J’ai compris qu’on pouvait s’en sortir autrement que par les armes ».

Même enthousiasme du côté de Claude Uyergiu-Ujwiga, pêcheur depuis plus de 20 ans, devenu encadreur du projet : « Vous pouvez dépenser 5 000 dollars dans du matériel de pêche et gagner peu. Avec ce système, les coûts sont moindres, le rendement meilleur. Ce projet empêche les jeunes de rejoindre les groupes armés ».

Une dynamique communautaire durable

Les bénéficiaires ont été regroupés en quatre associations piscicoles de 25 membres, en vue de leur transformation future en coopératives. Ce modèle vise à renforcer la résilience communautaire et à consolider les efforts de paix sur les rives du lac Albert.

Le projet a également un impact écologique salué par les autorités locales : plusieurs pêcheurs abandonnent désormais les filets prohibés en moustiquaires, au profit de la pisciculture en cage, ce qui favorise la reconstitution des zones de frayère et la biodiversité du lac.

Une chambre froide pour Bunia

Le même jour, à Bunia, la MONUSCO a inauguré une chambre froide d’une capacité de 10 tonnes au marché de Yambi, première du genre dans la région. Cette infrastructure facilitera la conservation du poisson à -18°C, une révolution pour les vendeuses comme Maman Clarisse, qui raconte :
« Avant, on achetait chaque matin des blocs de glace à 2000 ou 4000 Francs pour conserver nos poissons. En fin de journée, on était souvent obligées de les brader. Aujourd’hui, on va vendre du poisson frais, dans de bonnes conditions ».

En coupant le ruban symbolique, Josiah Obat, chef du Bureau de la MONUSCO en Ituri, a adressé un message fort à la communauté : « Ce projet est un signe d’unité, de réconciliation et de paix. Notre souhait est de voir toutes les tribus vivre ensemble, comme une seule famille. Tant que notre mandat sera renouvelé, nous resterons à vos côtés ».

Du rivage de Tchomia aux étals de Bunia, en passant par Kasenyi ou Bogoro, ce projet d’aquaculture s’impose déjà comme un levier de transformation sociale, économique et sécuritaire. Une initiative qui prouve, une fois de plus, que la paix ne se construit pas seulement par les armes, mais surtout par l’opportunité, la dignité retrouvée et le travail.

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