Dans une nation congolaise fragilisée par la guerre, principalement dans sa partie orientale, où les divisions et les conflits menacent quotidiennement la stabilité, l’unité n’est plus un simple idéal, mais une nécessité. Qui mieux que les leaders religieux, considérés comme le dernier rempart moral de la société, pour incarner cette exigence?
C’est dans cet esprit que la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), l’Église du Christ au Congo (ECC) et la Plateforme des Confessions Religieuses, regroupant dix confessions, ont décidé, à la faveur d’un atelier de trois jours organisé par la structure ACCORD, de se rapprocher pour parler d’une seule voix. Objectif : Contribuer à la recherche d’une paix durable en RDC, en mobilisant leur influence et leur engagement spirituel pour mettre fin aux tensions qui rongent le pays.
Dans une ambiance empreinte de convivialité et d’espérance, les chefs religieux (la CENCO et l’ECC étaient représentées) ont pris la décision de mettre de côté leurs divergences structurelles pour se concentrer sur une mission commune: ramener l’unité nationale et promouvoir une véritable cohésion sociale. « L’objectif, c’est sauver notre nation… faire taire les armes, amener le peuple à la réconciliation et voir dans quelle mesure la région des Grands Lacs et la RDC vivent dans la paix », a affirmé avec conviction l’archevêque Ejiba Yamapia, président de l’Église du Réveil du Congo et actuel président de la Plateforme des Confessions Religieuses.
La création d’un comité de suivi chargé d’unir les efforts et les voix des différentes institutions religieuses constitue l’un des résultats phares de cette rencontre. « Nous avons trouvé que c’est un pas franchi », a souligné Ejiba Yamapia, saluant la participation pleine et entière de toutes les confessions représentées.
L’enjeu est de taille: alors que la population congolaise aspire ardemment à la fin des conflits armés et à la préservation de l’intégrité territoriale, les leaders spirituels se positionnent comme des vecteurs crédibles de médiation. « Le pays est en train de traverser une situation difficile, la paix est perturbée », a rappelé Jean Christophe Élembo, représentant le président national de l’ECC, le révérend Bokundoa bo-Likabe, avant d’ajouter: « Les chefs des confessions religieuses… harmonisent leurs points de vue sur l’initiative commune à soutenir la paix en RDC ».
Cette dynamique de coopération interconfessionnelle a bénéficié du soutien d’instances internationales telles que le Centre africain pour la résolution des disputes (ACCORD). Le Sud-Africain Sivuyile Sitole, responsable du programme pour ACCORD, s’est félicité des engagements pris: « Les leaders religieux nous ont dit qu’ils allaient commencer par parler d’une seule voix afin de résoudre les conflits, non seulement à Kinshasa, mais aussi à travers la RDC ».
Dans une société fracturée par des années de violence, les responsables religieux, porteurs d’un capital de confiance unique auprès des populations, montrent, par cette initiative, l’exemple d’unité dont la nation a désespérément besoin. La paix se nourrit de gestes forts et celui-ci, empreint de foi et de volonté collective, pourrait bien en devenir un symbole. Reste toutefois un défi majeur: les chefs religieux devront surmonter les écueils de l’égo, du ressentiment, de l’intolérance et des influences partisanes pour que cette union soit véritablement au service de la paix.
Hugo Robert MABIALA