RDC | Accusé de détournement, Constant Mutamba démissionne et crie a un complot politique

Dans un contexte de suspicion de détournement de fonds publics, Constant Mutamba Tungunga, Ministre d’État en charge de la Justice, a remis ce mardi 17 juin 2025 sa démission au Président de la République. Il quitte ses fonctions après avoir été mis en cause dans le cadre d’un contrat de 29 millions de dollars destiné à la construction d’une prison à Kisangani, dont 65 % des fonds, soit 19 millions, ont été versés à une société privée, en violation apparente de la loi sur les marchés publics qui plafonne les avances à 30 %. Le contrat n’aurait, par ailleurs, pas reçu l’autorisation de la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement.

Dans sa lettre de démission, Mutamba rejette catégoriquement les faits qui lui sont reprochés. Il parle d’un « complot politique visiblement conçu à Kigali », dont le but serait, selon lui, de le neutraliser politiquement pour avoir engagé des poursuites contre des responsables du groupe armé M23 et des « complices rwandais ». Il accuse des réseaux internes « mafieux », infiltrés dans les institutions de l’État, d’avoir monté un dossier visant à freiner les réformes qu’il affirme avoir initiées avec détermination au sein d’un ministère longtemps réputé pour ses dérives.

Au fil de cette lettre dense, il dresse le tableau de son action à la tête de la Justice congolaise : réforme de l’administration pénitentiaire, bancarisation des recettes du secteur, projet de loi sur le Tribunal Pénal Économique, lutte contre les décisions judiciaires iniques, numérisation des procédures commerciales, rénovation des infrastructures carcérales, identification des églises ou encore dotation en équipements logistiques. Il évoque également des audiences foraines organisées pour décourager le banditisme urbain et rétablir la confiance entre les justiciables et les juridictions. Pour lui, ces efforts ont dérangé un « système » auquel il n’a jamais appartenu.

Mais c’est dans une tonalité plus personnelle et dramatique que le désormais ex-ministre explique sa décision. Il dit avoir échappé à plusieurs tentatives d’empoisonnement et d’élimination physique, accuse ses détracteurs de vouloir « l’humilier », et dénonce une jubilation affichée par des officiels rwandais, y voyant la preuve d’une manipulation géopolitique doublée d’un acharnement interne.

Mutamba se veut clair : il n’a « pris aucun dollar de l’État ». S’il reconnaît la gravité de la situation, il refuse d’endosser un acte qu’il qualifie de fabrication politique. À ses yeux, cette affaire n’est pas une question de mauvaise gestion, mais une « offensive ciblée » visant à décapiter un ministre trop engagé dans des réformes qui dérangent.

Ainsi, sa démission, loin d’être une reconnaissance de culpabilité, se veut un acte de résistance politique. Il choisit de se retirer, dit-il, par respect pour les institutions, mais surtout pour se défendre face à ce qu’il considère comme une cabale construite autour d’un prétexte financier.

En quittant le gouvernement, Constant Mutamba laisse derrière lui non seulement un ministère secoué, mais aussi une question centrale à laquelle seul un procès équitable devrait désormais répondre : a-t-il violé les règles de gestion publique, ou bien paie-t-il le prix d’une guerre d’intérêts bien plus large que lui ?

Osée MABIALA

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