À la suite de la signature de l’accord de paix entre la République démocratique du Congo et la République du Rwanda, parrainé par les États-Unis le 27 juin 2025 à Washington, une frange importante de l’opposition congolaise ainsi que des organisations de la société civile ont exprimé leurs réserves à travers une déclaration commune. Si elles reconnaissent les efforts diplomatiques en cours, elles pointent surtout du doigt les causes internes de la crise, qu’elles estiment largement négligées.
Dans une posture mesurée mais ferme, les signataires « prennent acte de la signature par leurs Ministres des Affaires Étrangères respectifs (…) de l’Accord de Paix », saluant l’initiative américaine. Toutefois, ils en contestent la portée réelle, jugeant l’accord « partiel (…) insuffisant pour garantir une paix durable, et encore moins la stabilité ». À leurs yeux, le traité ne traite qu’un aspect bilatéral du conflit, passant sous silence l’implication de plusieurs autres acteurs régionaux.
Ce qui ressort avant tout de cette déclaration, c’est l’insistance sur la crise endogène qui mine la RDC. Les auteurs du texte parlent sans détour de « recul de la démocratie, (…) violations graves et répétées des droits humains, (…) tribalisme, népotisme, corruption et détournements massifs des fonds publics ». Pour eux, tant que ces dysfonctionnements profonds ne seront pas sérieusement abordés, « la paix véritable et durable ne sera rien de plus qu’un mirage ».
Appelant à « un dialogue sincère entre Congolais », les signataires réaffirment la nécessité d’un cadre national et inclusif. Ils soutiennent sans réserve la proposition émise par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), qualifiant leur initiative de salutaire. Ils appuient également la Résolution H. RES. 559 introduite à la Chambre des Représentants des États-Unis, laquelle prône « le respect de la Constitution congolaise, (…) la tenue d’un dialogue national inclusif piloté par des acteurs impartiaux (…) et la cessation des persécutions politiques ».
Dénonçant les « manœuvres du pouvoir en place » visant à neutraliser les facilitateurs et à vider le dialogue de sa substance, la déclaration met en garde contre la mise en scène d’un pseudo-dialogue, destiné selon eux à servir uniquement les intérêts du pouvoir en place. Ils rejettent « le dialogue faire-valoir voulu par le Pouvoir » et affirment leur soutien à celui « conçu et initié par les Évêques de la CENCO et de l’ECC », lequel serait, selon eux, à même de restaurer « l’État de droit, la paix et la concorde nationale ».
Parmi les signataires de cette déclaration figurent plusieurs figures politiques et leaders d’organisations sociales, dont Olivier Kamitatu Etsu (porte-parole de Moïse Katumbi Chapwe), Raymond Tshibanda tungamulongo (Front Commun pour le Congo), Claudel André Lubaya (UDEAO), Seth Kikuni Masudi (PISTE pour l’Émergence), Franck Diongo (MRC), Jean Claude Vuemba (ABA/MPCR), Palmer Kabeya Tshishimbi (FILIMBI), Martin Milolo (Forum Citoyen) et Jean Jacques Lumumba (Convention de la Société Civile Citoyenne).
À travers cette prise de position, ces acteurs engagés réaffirment que la paix en RDC ne saurait être décrétée depuis l’étranger, mais qu’elle doit naître d’un processus profond, transparent et national, porté par un dialogue honnête et inclusif.
HRM