Alors que Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, fait l’objet d’une motion de déchéance, certains cercles s’empressent de désigner Guy Loando comme instigateur de cette manœuvre. Une accusation qui devrait normalement soulever une interrogation fondamentale : quel intérêt aurait-il à précipiter la chute de Kamerhe, et surtout, quel pouvoir réel détient-il pour le faire ?
Ministre d’État en charge des Relations avec le Parlement, Guy Loando n’est pas le chef de majorité ni un de ses lieutenants les plus influents dans l’architecture politique. Son rôle est institutionnel, technique, et centré sur la coordination entre le gouvernement et les chambres législatives. Il ne dispose ni de leviers politiques pour imposer une déchéance, ni de l’influence nécessaire pour orienter les dynamiques internes de l’Assemblée nationale. À bien réfléchir, l’idée qu’il puisse, à lui seul, orchestrer la chute d’un président d’institution semble davantage relever du fantasme que de l’analyse sérieuse.
Et même en admettant l’hypothèse d’une telle entreprise, à quoi lui servirait-elle ? Kamerhe est une des grandes figures de l’Union sacrée, tout comme Loando. Que Kamerhe tombe ne lui offre visiblement aucun avantage. Il n’y a donc ni gain politique, ni bénéfice institutionnel visible à une telle démarche pour Loando.
La rencontre évoquée par « Jeune Afrique » entre Guy Loando et deux députés membres du bureau de l’Assemblée nationale mérite d’être replacée dans son contexte. D’abord, le fait que ces trois personnalités se rencontrent n’a rien de particulier. Ils sont tous membres de l’Union Sacrée pour la nation. Mais aussi, ces parlementaires, avant d’être membres du bureau, sont avant tout députés nationaux, et à ce titre, interlocuteurs naturels d’un ministre en charge des Relations avec le Parlement. En cette période budgétaire cruciale, il est non seulement légitime mais nécessaire que Guy Loando échange avec eux sur les projets de loi de finances. Présumer d’une manœuvre politique à partir d’une telle rencontre revient à confondre camaraderie, devoir républicain et calcul partisan.
Ironie du sort, les mêmes détracteurs qui, lors de la publication du gouvernement Suminwa II, raillaient Guy Loando en le présentant comme rétrogradé à un ministère jugé de seconde zone, lui prêtent aujourd’hui une influence démesurée. Une contradiction révélatrice d’un acharnement plus personnel que politique.
Remy NSIMBA