« Notre objectif demeure inchangé : obtenir une paix juste, durable et vérifiable, non une accalmie factice et éphémère »
Lors de la 80e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, deux Chefs d’État ont livré des discours diamétralement opposés sur la question du retour à la paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo. D’un côté, Donald Trump, président des États-Unis, s’est félicité d’avoir mis fin à plusieurs conflits armés, dont celui opposant la RDC au Rwanda. De l’autre, Félix Tshisekedi, président de la RDC, a dressé un tableau sombre mais lucide de la situation, appelant à une mobilisation internationale fondée sur la justice, la mémoire et la vérité.
« Au cours des 7 derniers mois, j’ai mis un terme à sept guerres. Personne ne pensait que c’était possible… Certaines de ces guerres, deux de ces guerres duraient depuis trois décennies… 27 ans pour l’une de ces guerres, trente-sept ans pour l’autre guerre », s’est targué Donald Trump, affirmant avoir accompli ce qu’« aucun président, aucun premier ministre, et à partir de là, aucun pays au monde n’avait jamais fait ». Et de conclure, dans un style qui lui est propre: « C’est du jamais vu, du jamais vu. Et je suis vraiment honoré de l’avoir fait », tout en raillant l’ONU: « Hélas,… j’aurais préféré que l’ONU le fasse. Et le fait est que… les Nations unies n’ont même pas essayé d’aider à résoudre ces conflits ».
Ce ton triomphaliste, teinté d’ironie, contraste fortement avec la gravité du propos de Félix Tshisekedi, qui, sans détour, a rétabli les faits: « Notre objectif demeure inchangé: obtenir une paix juste, durable et vérifiable – non une accalmie factice et éphémère qui, depuis près de trente ans, a trop souvent déçu l’espérance de notre peuple ». Une déclaration qui sonne comme un démenti au discours de victoire de Trump.
Cependant, Tshisekedi a reconnu le rôle de Donald Trump dans la signature, le 27 juin 2025 à Washington, d’un Accord de paix entre la RDC et le Rwanda: « Je salue, à cet égard, le leadership du Président Donald Trump, qui a créé les conditions d’un dialogue ayant conduit […] à la signature d’un Accord de paix ». Mais le président congolais a insisté sur les conditions non négociables d’une paix véritable: « Le retrait des troupes rwandaises, la fin de leur appui au M23 et le retour de l’autorité de l’État congolais sur toutes les zones occupées ». Et d’alerter: « Tant que ces décisions ne seront pas exécutées, le sang des innocents continuera de couler ».
Appel à la justice internationale
Le Président congolais a appelé à la mise en œuvre d’une justice internationale: « À la veille de la mise en place de la Commission d’enquête indépendante décidée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur les massacres perpétrés il y a quelques mois par nos agresseurs et leurs supplétifs dans l’est de mon pays, je lance un appel solennel à la communauté internationale: elle a le devoir moral et politique de soutenir cette démarche essentielle afin d’établir la vérité, rendre justice aux victimes et jeter les assises d’une paix durable, ancrée dans la mémoire et la responsabilité partagée ».
Il a dénoncé une guerre « muée en entreprise prédatrice », visant à « piller nos ressources, effacer notre mémoire collective et détruire nos communautés ». Les chiffres sont accablants: des millions de morts, près de sept millions de déplacés, des villages rayés de la carte, et des massacres documentés, notamment celui de Rutshuru en juillet dernier, où plus de trois cents civils ont été tués.
Félix Tshisekedi est formel : la paix ne saurait être bâtie sur l’impunité. « Si le monde hésite encore à nommer notre douleur, nous n’attendrons pas. Nous en sommes les premiers témoins; nous en serons les premiers artisans de justice », a-t-il tapé.
Il a demandé aux Nations Unies de reconnaître le génocide. perpétrés en RDC. « La communauté internationale a le devoir moral et politique de reconnaître cette tragédie pour ce qu’elle est :un génocide, et d’agir en conséquence ».
Et de lâcher : « La République Démocratique du Congo ne sollicite ni charité, ni commisération: elle exige justice, vérité et dignité ». Puis de mettre en garde: « L’histoire ne jugera pas nos discours, mais notre capacité à reconnaître les crimes de masse, y compris les génocides, et à mettre fin à l’impunité ».
Il a appelé à des sanctions ciblées contre les auteurs des crimes économiques et des crimes contre l’humanité, et à une action concertée pour tarir les circuits illicites d’approvisionnement en minerais qui financent la guerre.
Ainsi, entre le triomphalisme de Trump et le réalisme de Tshisekedi, c’est une question de vérité qui se pose.
HRM