Grand Musée d’Égypte : la réalisation pharaonique qui interpelle la RDC sur ses propres ambitions de soft power

Le Président Félix Tshisekedi a pris part ce samedi 1er novembre au Caire à l’inauguration du Grand Musée d’Égypte (GEM), un événement d’une portée culturelle et économique colossale. Le Chef de l’État a assisté à un spectacle « digne d’un événement planétaire », aux côtés d’une quarantaine de Chefs d’État et de gouvernement, souligne le communiqué de la présidence congolaise.

Un chef-d’œuvre à un milliard de dollars

Le GEM n’est pas un musée comme les autres. Résultat de vingt ans de travaux titanesques, ce projet est l’une des plus grandes entreprises culturelles jamais menées, avec un investissement qui a dépassé le milliard de dollars. Conçu avec une architecture innovante, il est désormais la plus grande institution au monde consacrée à une seule civilisation.

Sur un espace immense, le GEM abrite plus de 100 000 vestiges, retraçant la vie de trente dynasties sur 5 000 ans d’histoire. Son attraction phare, le trésor de Toutânkhamon, est pour la première fois réuni dans son intégralité, soit près de 5 000 objets funéraires découverts en 1922 dans le tombeau inviolé de la Vallée des Rois.

L’ouverture de ce complexe est perçue par l’Égypte comme un tournant majeur dans son histoire. Ce n’est pas seulement un lieu de conservation, mais un véritable moteur du tourisme culturel et économique, destiné à hisser le pays au rang de destination incontournable et à affirmer son « soft power » sur la scène mondiale.

Le miroir égyptien et les questions congolaises

La présence du Président Tshisekedi au Caire, qualifié par la présidence de la RDC comme un témoignage des « qualité des relations » entre les deux pays, ne manque pas de soulever une question cruciale à Kinshasa : qu’en est-il de l’émulation face à une telle ambition africaine ?

L’Égypte, malgré ses défis, a mis en jeu des moyens financiers considérables – l’équivalent d’un milliard de dollars – dans un projet qui n’est pas seulement culturel, mais stratégique, visant à monétiser son patrimoine et à affirmer sa grandeur. Cet investissement massif, dédié au développement du tourisme et de l’influence culturelle, est un miroir qui interroge la capacité du gouvernement congolais (notion de continuité incluse) à se hisser à ce niveau d’engagement.

La RDC, dotée d’un potentiel culturel et historique immense, notamment avec l’ancien Royaume Kongo et la diversité de ses ethnies et de son art, peine à valoriser son propre patrimoine de manière significative « par faute d’une véritable vision de grandeur ».

Le contraste est frappant avec le Musée National de la RDC (MNRC) à Kinshasa. Inauguré en 2019, ce bâtiment, don de la Corée du Sud, témoignage de l’incapacité du pays à financer lui-même une infrastructure d’une telle importance. Aujourd’hui, bien que moderne, le MNRC perd de son éclat. Surtout, le manque chronique de moyens financiers se traduit par un sous-équipement et un manque de personnel qualifié, conduisant à des carences scientifiques. De nombreuses œuvres d’art majeures ne sont pas réellement datées, faute de ressources pour des analyses approfondies, privant le Congo d’une histoire muséale pleinement authentifiée.

L’urgence d’une stratégie de Soft Power

L’inauguration du GEM devrait servir de catalyseur pour Kinshasa. L’investissement égyptien prouve qu’une nation africaine peut mobiliser des sommes colossales pour affirmer sa place dans le monde par la culture.

Tandis que le Congo se bat pour sécuriser ses frontières et financer ses infrastructures de base, l’idée n’est pas de dépenser un milliard de dollars immédiatement, mais d’adopter une stratégie claire et durable en faveur du tourisme et du « soft power ». Il n’est pas question de débourser des dizaines millions de dollars en faveur du FC Barcelone pour le flocage « Congo cœur d’Afrique» sur des maillots d’entraînement.

Car en effet, sans une réelle volonté politique et un budget dédié réellement à l’émulation culturelle, le patrimoine congolais restera sous-valorisé, et le développement touristique, un simple vœu pieux, laissant le leadership culturel africain à d’autres.

La présence du Président Tshisekedi au Caire est donc plus qu’un simple acte diplomatique ; elle est une occasion de prendre la mesure du chemin qu’il reste à parcourir pour que la RDC utilise sa richesse culturelle comme un véritable levier de développement national et de rayonnement international.

Hugo Robert MABIALA

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