Le dernier Conseil des ministres, présidé par la Première ministre Judith Suminwa, a adopté la stratégie de mise en œuvre de la « revanche du sol sur le sous-sol », dont l’ambition est de redonner à l’agriculture sa place centrale dans la croissance économique et la souveraineté alimentaire.
Le Chef de l’État avait annoncé ce concept dès le début de son premier mandat, affirmant la nécessité de se libérer de la dépendance aux exportations minières. Cinq ans et demi plus tard, l’adoption de la stratégie soulève une interrogation majeure : pourquoi un tel retard pour passer de l’idée à la planification ? Alors que l’urgence alimentaire frappe une large partie de la population, le pays n’en est encore qu’au niveau des feuilles de route et des structures à créer. Malgré l’existence de plusieurs plans sectoriels généraux depuis 2019, la vision présidentielle n’a disposé jusqu’à présent d’aucune feuille de route opérationnelle et cohérente pour sa concrétisation.
La stratégie, présentée par le ministre de l’Agriculture, s’articule autour de cinq composantes principales : la semence, les fertilisants/pesticides (avec l’installation prévue d’usines locales), la motorisation agricole (via le SENAMA), la production et, enfin, le stockage et la commercialisation (avec la création de Centres Agroalimentaires Pilotes – CAP). L’ensemble vise à moderniser la gouvernance du secteur pour faire de la RDC un État autosuffisant.
À ce jour, le constat sur le terrain est sombre. Depuis l’annonce de 2019, les avancées notables en matière de sécurité alimentaire sont restées marginales. La RDC, avec plus de 26 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë selon l’ONU, demeure l’un des pays les plus touchés au monde. Le défi d’une agriculture mécanisée, financée et productive reste entier, et l’adoption d’une nouvelle stratégie, sans actions concrètes et financements massifs immédiats, risque de ne représenter qu’une nouvelle promesse pour le peuple congolais.
Rémy NSIMBA