Dans le tumulte de l’insécurité qui ronge l’Ituri, une initiative originale émerge comme un souffle d’espérance. À Tsere, à une douzaine de kilomètres de Bunia, plus de deux tonnes de pastèques ont été récoltées grâce à un projet agricole communautaire soutenu par les casques bleus indonésiens de la MONUSCO. Une première dans cette localité souvent associée aux violences armées.
Lancé il y a trois mois, ce projet vise à offrir aux jeunes une alternative économique face aux tentations du recrutement par les groupes armés. Plus de 500 habitants, dont 330 femmes, se sont engagés dans la culture de ces fruits sucrés devenus symboles de paix et de résilience. Pour Jean-Pierre Upar, conseiller de la Jeunesse du groupement et agronome de formation, c’est une victoire communautaire :
« La population de Tsere est une population travailleuse, et nous allons pérenniser ce projet. Même si les casques bleus revenaient encore, ils trouveraient leur initiative toujours vivante. Aujourd’hui est un jour de gratitude. »
Dans la ville voisine de Bunia, où une seule pastèque peut se vendre jusqu’à 25 000 FC (près de 10 USD), cette production locale vient comme une bouffée d’oxygène. Non seulement elle promet de faire baisser les prix, mais elle redonne aux familles un moyen de subsistance et de dignité.
Présent lors de la cérémonie de clôture, le vice-gouverneur de l’Ituri, le général Raus Chaluwe, a salué un projet porteur de sens :
« C’est ça qu’on veut dans la province. On veut la paix, on fait l’agriculture, on fait la pêche… c’est à cause de la paix. C’est un exemple que tout le monde doit suivre dans la province. »
Il a également lancé un appel aux jeunes encore dans les groupes armés :
« Je demande encore à ceux qui sont dans les groupes armés : revenez ! Avec un hectare, on produit plus de 500 pastèques. Imaginez ce que nous pouvons faire avec 2 ou 3 hectares. On a besoin de vous pour bâtir notre province. »
Pour marquer la fin de cette première phase, les casques bleus indonésiens ont également organisé une consultation médicale gratuite dont ont bénéficié 150 personnes, dont 85 femmes. Une manière d’ajouter une dimension humanitaire à un projet déjà porteur de cohésion sociale.
À Tsere, la houe a pris le pas sur les armes. Une démonstration que la paix peut aussi germer dans les champs, là où la solidarité remplace la peur, et où la terre devient un vecteur de reconstruction.
Précieuse PETU