Kinshasa a accueilli, mardi 25 novembre 2025, l’ouverture de la quatrième édition de l’African Digital Innovation Summit (ADIS), un rendez-vous devenu incontournable pour les acteurs du numérique africain. À travers son thème, « Les voies d’accélération de la transformation digitale souveraine de l’Afrique », l’événement pose d’emblée l’urgence d’un numérique maîtrisé, conçu par et pour les Africains.
C’est dans cet esprit que Raïssa Malu, Ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, a livré l’une des interventions majeures du panel inaugural, en revenant sur la mutation profonde engagée dans le système éducatif de la RDC.
La pandémie, déclencheur d’une refonte éducative
La Ministre a rappelé que la crise du COVID-19 avait révélé des limites longtemps ignorées du système éducatif national. Le contexte de fermeture des écoles avait accéléré l’introduction de l’Enseignement à distance (EAD), conçu à partir du programme « Apprendre à la maison », initialement pensé pour les enfants vivant dans des zones difficiles, en situation de mobilité ou frappés par la maladie.
Cette dynamique s’est désormais institutionnalisée au cœur du Plan quinquennal 2024-2029, un document que Raïssa Malu porte depuis sa prise de fonctions en 2024. Il structure l’action ministérielle autour du dialogue, du renforcement administratif, du développement professionnel des enseignants, de l’inclusion et de l’intégration stratégique du numérique. Un arrêté ministériel en a d’ailleurs consacré la base légale, permettant son déploiement à grande échelle.
Un outil pensé comme une « mosaïque de solutions »
Devant les délégués d’ADIS, la Ministre a défini l’EAD comme une « mosaïque de solutions », soulignant son caractère adaptable et la diversité de ses supports : outils digitaux, émissions radiotélévisées, documents imprimés ou même contenus envoyés par courrier.
Une approche qu’elle résume d’un principe simple : « L’objectif est d’atteindre tous les élèves, où qu’ils soient. Notre vision, c’est de nous adapter à la réalité du terrain, pas l’inverse ».
Elle a par ailleurs mis en avant la nécessité de développer des contenus pédagogiques contextualisés, citant les productions locales en mathématiques et en sciences, conçues pour refléter le quotidien des apprenants congolais. Pour elle, la souveraineté numérique passe aussi par la réduction de la dépendance aux plateformes étrangères et par la consolidation de l’écosystème congolais.
L’enseignant, pivot incontournable de la réforme
Raïssa Malu a insisté sur la place centrale des enseignants dans cette modernisation, rappelant qu’ils demeurent « la clé de voûte » du dispositif. Leur montée en compétences numériques, tout comme la digitalisation progressive des services administratifs scolaires, figure parmi les priorités en cours de mise en œuvre.
Elle a également souligné l’importance stratégique de promouvoir les disciplines STEM auprès des jeunes, notamment des filles, afin de préparer les compétences nationales indispensables au développement numérique.
Traçabilité, sécurité et gouvernance responsable
La Ministre a aussi évoqué l’introduction du e-Diplôme, un outil qui sécurise les titres scolaires et facilite leur vérification.
Tout en saluant cette avancée, elle a rappelé que « la technologie n’est pas une fin en soi » et a insisté sur la nécessité de lutter contre la fracture numérique.
Sa mise en garde s’est accompagnée d’une métaphore parlante :
« Si le numérique est l’autoroute, l’éducation en est le permis de conduire.
Sans éducation, le digital devient une menace ».
Elle a ainsi appelé à une gouvernance renforcée, à une régulation adaptée et à une plus grande responsabilité des acteurs produisant des contenus destinés aux jeunes publics.
Un trophée qui salue une trajectoire réformatrice
En marge de ces débats, une cérémonie organisée le 24 novembre au Fleuve Congo Hôtel a vu Digital Africa décerner à Raïssa Malu le titre de Championne Numérique 2025.
Cette reconnaissance met en lumière plusieurs réformes structurantes : l’usage de l’IA dans la correction de l’Examen d’État, la décentralisation des centres de scannage, la mise en place progressive de l’EAD et l’adoption de e-Diplôme.
Le panel inaugural a réuni, aux côtés de la Ministre d’État, Frédéric Kibassa Maliba, Ministre de l’Économie numérique, et Julien Paluku, Ministre du Commerce extérieur.
La modération a été assurée par Dominique Migisha, Coordonnateur de l’Agence de Développement du Numérique.
Yves Boongo