L’entérinement de l’accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, survenu hier 4 décembre à Washington, a ravivé la méfiance d’une bonne partie de l’opinion publique congolaise, échaudée par les précédents engagements. Pourtant, en marge de cet événement, une autre cérémonie tout aussi importante a eu lieu : la RDC et les États-Unis ont élevé leur relation à un partenariat stratégique avec la signature de deux accords de partenariat stratégique. Un tournant que les membres du gouvernement congolais présentent comme le véritable levier pour garantir le succès de la paix. Ce nouvel alignement historique peut-il suffire à dissiper le scepticisme et assurer le retour d’une stabilité durable dans l’est de la RDC?
Le Vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a insisté sur la nature profonde de ce changement, notant que la RDC et les États-Unis sont passés d’un accord de protection des investissements datant de 1984 à un partenariat couvrant la défense, la sécurité, l’économie, le commerce, la science, la technologie et la gouvernance. « Nous avons signé un accord de partenariat stratégique avec des objectifs de long terme », a-t-il déclaré lors du briefing de presse organisé dans la capitale américaine, soulignant un niveau élevé de confiance politique où deux États « regardent dans la même direction » et alignent leurs intérêts.
Des intérêts stratégiques réciproques
L’alignement des intérêts est au cœur de cet engagement. Pour la RDC, l’objectif est clair: « le développement économique, dans la paix, dans la sécurité ». Pour les États-Unis, l’intérêt est géostratégique et essentiel à l’échelle mondiale. Mukoko Samba l’a rappelé: « Le monde tel qu’il est voulu, il va être déterminé… par les États qui aspirent à devenir puissance mondiale, ou qui veulent demeurer puissance mondiale. C’est dans l’accès aux métaux critiques. Et la République démocratique du Congo est un réservoir de ces métaux critiques ».
Le but américain est donc de sécuriser un accès légal et stable à ces ressources, loin de « la forme actuelle des groupes armés qui pullulent effectivement et exactement dans les régions où sont disponibles les terres rares et les autres métaux ».
L’accord avec les USA, loin d’être un simple « troc » de matières premières contre la sécurité, vise à transformer la RDC en soutenant des projets structurants comme le Grand Inga et le Corridor de Lobito.
La paix comme condition sine qua non
La question centrale demeure: comment cet accord de partenariat peut-il garantir le succès de l’accord avec le Rwanda? Les membres du gouvernement ont établi une causalité ferme. La ministre d’État aux Affaires Étrangères, Thérèse Kayikwamba, a insisté: « nous ne pouvons pas nous projeter dans une logique d’un partenariat stratégique avec des piliers économiques si nous n’avons pas un retour de la paix, mais aussi un retour de l’autorité de l’État ». Le ministre Patrick Muyaya a renchéri, affirmant que « la paix » est la « condition principale ».
Le VPM Mukoko Samba a précisé que l’entrée en vigueur du cadre d’intégration économique régionale avec le Rwanda est subordonnée à l’application des conditions de l’accord de paix: « le retrait des troupes rwandaises de notre territoire. En d’autres termes, l’arrêt de l’appui apporté aux M23 et aux autres groupes armés non étatiques ». Le partenariat stratégique, renforcé par la signature d’un mémorandum d’entente sur la défense et la sécurité, s’impose donc comme un gage de succès en fournissant le cadre pragmatique et le soutien d’une puissance mondiale pour restaurer la sécurité et l’autorité de l’État.
Un tournant historique…
Le gouverneur de la Banque Centrale, André Wameso, a rappelé que l’État congolais fut initialement créé par d’autres pour « puiser ces ressources dont il a besoin pour son développement industriel » sans jamais demander l’avis des Congolais. Aujourd’hui, pour la première fois dans cette histoire, face à la nouvelle révolution industrielle, les partenaires « décident de pouvoir discuter de l’accès de ces matières premières… avec les RDC », ce qui constitue une « première historique ».
Le scepticisme, héritage des années de promesses brisées, est légitime. Toutefois, le nouvel accord RDC-USA s’inscrit dans un engagement de long terme où la stabilité et l’ordre en RDC servent les intérêts vitaux de la RDC comme des États-Unis.
Hugo Robert MABIALA