Que devient l’accord RDC – Rwanda si le M23, non concerné par le processus de Washington, ne se retire pas ?

L’entérinement de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, signé le 4 décembre à Washington par Félix-Antoine Tshisekedi et Paul Kagame, a suscité un mélange d’espoir, d’appréhension et de scepticisme. Si la signature au plus haut niveau est présentée comme un tournant majeur, une question centrale continue de peser sur l’équation sécuritaire: que devient cet accord si le M23, non concerné par le processus, refuse de se retirer?

Cette préoccupation a été soumise à la ministre des Affaires étrangères lors d’un briefing de presse spécial organisé à Washington en marge de la cérémonie d’entérinement.

La question vaut son pesant d’or. Ces derniers mois, Paul Kagame n’a cessé d’adresser des « conseils » à ceux que Kigali est accusé de soutenir au sein du M23, tout en conditionnant publiquement, en juin dernier, tout retrait de ses troupes à la neutralisation préalable des FDLR.
La réponse de la ministre a été directe et lourde de sous-entendus. « Le M23 en tant que groupe est assez connu. Nous savons quelles sont les ramifications de ce groupe. Nous savons d’où est-ce qu’il détient les ressources et les capacités qui lui permettent d’opérer de la manière dont il opère », a-t-elle déclaré.

Et Kayikwamba d’ajouter: « donc s’il n’y a pas de changement concrètement par rapport à la situation, nous allons aussi savoir qui sont les acteurs qui ont un rôle à jouer, qui ont une influence et qui ont refusé d’exercer cette influence ».

Ce n’est pas tout. La ministre a rappelé l’un des piliers de l’accord du 27 juin: « Il y a aussi justement des engagements pris par tous les États signataires de ne plus fournir un appui quelconque aux groupes armés ».

Pour Kinshasa, la logique est limpide: la posture du M23 reflétera mécaniquement la loyauté ou non de ses soutiens présumés.

« Cette corrélation est relativement claire entre la posture du M23, la redevabilité et les engagements qui ont été pris dans le cadre des accords de Washington », a martelé la ministre des Affaires étrangères.

Retrait des troupes… l’assurance Trump…

Sur la contradiction apparente entre la position de Kigali en juin et la confiance affichée par Donald Trump lors de l’entérinement, la ministre a tempéré: « Je ne fais pas partie de l’équipe du président Trump. Je ne fais pas partie de ceux qui lui indiquent quels sont les leviers qu’il pourra activer ».

Mais elle a souligné que l’accord entériné le 4 décembre introduit désormais une concomitance formelle entre le retrait rwandais et la neutralisation des FDLR, établie et signée au plus haut niveau.

« Le fait que nous ayons franchi ce cap est très important avec la signature des chefs d’États de ces engagements qui prévoient justement très clairement une concomitance entre le retrait des troupes rwandaises et la neutralisation des FDLR », a-t-elle fait remarquer.

Pour Kinshasa, c’est ce cadre, juridiquement et politiquement validé, qui explique la confiance américaine: « Cela illustre les responsabilités des uns et des autres ».

Il appartient à la facilitation de mobiliser les leviers nécessaires

« Il en revient au président Trump et à son équipe de savoir quels sont les leviers potentiels ou existants qu’ils veulent activer pour accélérer les choses ou pour rendre leur rôle de facilitateur peut-être plus percutant », a soutenu Thérèse Kayikwamba. Pour elle, « quand un chef d’État se prononce de la sorte, il a certainement des éléments en sa possession qui le rassurent sur la faisabilité de certaines choses ».

Au-delà des échanges diplomatiques, une réalité demeure: la crédibilité de l’accord RDC–Rwanda sera jugée d’abord à l’attitude du M23 sur le terrain.

Osée MABIALA

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