La Société Civile du Sud-Kivu lance un cri d’alarme retentissant à l’endroit de Kinshasa et de la communauté internationale. Quarante-huit heures après la signature de l’Accord de Paix de Washington entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, la situation sécuritaire dans l’Est du pays s’est dramatiquement dégradée, laissant craindre une offensive majeure de la coalition AFC/M23, appuyée par les Forces de Défense du Rwanda (RDF), avec pour objectif stratégique les villes de Walikale et Kisangani.
L’alerte de la Société civile, parvenue au lendemain de la signature du 4 décembre 2025, met en lumière une intensification des hostilités. Des mouvements de renforcement des troupes de la coalition ont été observés ouvertement, notamment par bateau depuis Goma et par la frontière de Bugarama au Rwanda, visant les zones de Kamanyola et Katogota. « Certains renforts sont venus de la ville de Goma par deux rotations par bateaux et d’autres ont traversé la frontière en provenance de Bugarama au Rwanda à ciel ouvert… pour renforcer Kamanyola et Katogota », rapporte la Société civile.
Plus préoccupant encore, ces manœuvres s’inscrivent, selon la Société civile, dans une stratégie de contournement pour atteindre des objectifs cruciaux à l’intérieur du territoire congolais. Au Sud-Kivu, les affrontements s’étendent de la plaine de la Ruzizi (Kamanyola, Mutarule) jusqu’à l’axe Civanga-Bunyakini, le long du Parc national de Kahuzi-Biéga. L’objectif est de « briser le verrou de Civanga-Bunyakiri… pour ainsi tenter une progression aisée vers Kisangani via Walikale ».
Simultanément, des combats meurtriers sont signalés dans le Nord-Kivu, dans le territoire de Walikale vers Mpinga/MPETI, visant clairement la prise de Walikale.
Manquement à la parole présidentielle…
La Société civile exprime un profond regret face à la décision du Président Félix Tshisekedi de procéder à la signature de l’Accord de Washington. Elle déplore que le Chef de l’État n’ait « pas tenu sa parole de ne pas signer l’accord de Washington sans qu’il y ait eu au préalable, le retrait des troupes rwandaises sur le sol congolais conformément à la résolution 2773 du Conseil de Sécurité des Nations Unies ».
Dans l’entre-temps, l’utilisation d’une « artillerie très lourde et sophistiquée », incluant des drones kamikazes, a entraîné des pertes civiles massives, la destruction d’infrastructures et un afflux de milliers de nouveaux déplacés internes. La Société civile s’indigne de la cruauté des combats. « Les femmes et les enfants sont les plus touchés par cette situation de guerre car les images des femmes éventrées par les bombes à Kasika, Mutarule, Kamanyola, Kaziba, circulent dans les réseaux sociaux et sont insupportables à voir », déplore-t-elle.
Recommandations…
Face à cette escalade, la Société civile formule des recommandations pressantes aux acteurs nationaux et internationaux. Elle enjoint le Président Donald Trump, en tant que médiateur entre le Rwanda et la RDC, à user de tout son pouvoir pour exiger la cessation des hostilités, les sanctions aux contrevenants et le retrait immédiat des troupes rwandaises sur le sol congolais.
Étant donné que les parties en guerre se rejettent la responsabilité des bombardements de zones densément peuplées, la Société civile insiste sur la nécessité de mener des enquêtes urgentes afin de dénicher les coupables et d’appliquer de sévères sanctions pour ces violations du Droit International Humanitaire.
La communauté humanitaire est appelée à s’activer pour apporter de l’aide aux milliers de déplacés sans assistance dans les zones de conflit. Il est essentiel que les parties belligérantes leur en facilitent l’accès et s’abstiennent de détruire les abris des déplacés.
Il est rappelé aux belligérants l’obligation de respecter le Droit International Humanitaire et de cesser toute menace à l’égard des acteurs de la société civile, dans les zones contrôlées par le gouvernement comme dans celles occupées par les rebelles.
Enfin, la Société civile souligne l’urgence d’une cohésion sociale, qui pourrait être facilitée par la convocation, par le Président de la République, Chef de l’État, d’un dialogue national inclusif, car c’est dans l’unité qu’il sera possible de vaincre toute forme de menace à la souveraineté nationale.
Par ailleurs, la Société Civile du Sud-Kivu réitère que l’objectif déclaré des rebelles et de leurs alliés, qui est d’ouvrir « plusieurs fronts des contournements pour atteindre Walikale et donc Kisangani », constitue une menace existentielle pour l’intégrité du territoire congolais.
HRM