La clôture de la session parlementaire a été l’occasion d’entendre les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale livrer des allocutions principalement sur les questions sécuritaires. Si elles convergent sur l’essentiel, révèlent néanmoins des nuances notables.
La divergence majeure réside dans le ton et le niveau de la condamnation du Rwanda, suite à la violation de l’accord de paix signé à Washington le 4 décembre 2025. Le président du Sénat, Sama Lukonde, a adopté une approche plus mesurée. Il a déclaré que « des violations avérées de cet accord, par le Rwanda, ont déjà été constatées sur le terrain… Une telle persistance dans l’agression et l’ingérence met à mal l’esprit et la lettre de l’accord conclu et appelle à une vigilance accrue ».
En revanche, Aimé Boji, président de l’Assemblée nationale, s’est illustré par un ton ferme. Il a affirmé que l’Assemblée nationale « condamne avec fermeté les violations délibérées, répétées et manifestes de cet accord de paix par le Rwanda ». Il a qualifié les actes de ce dernier de « crimes de guerre avérés et de crimes contre l’humanité » et a exigé de la communauté internationale qu’elle « sanctionne l’État agresseur ».
Autres disparités…
Une autre divergence notable concerne l’étendue des défis sécuritaires. Si les deux présidents mentionnent l’agression rwandaise à l’Est, Sama Lukonde a élargi explicitement le spectre des menaces intérieures au-delà du front Est. Il a inclus « l’activisme des groupes Mobondo » dans le Grand Ouest et « la persistance du banditisme, notamment à travers le phénomène communément appelé “Kuluna” et les multiples braquages » dans les centres urbains.
Aimé Boji, bien que reconnaissant un « sombre tableau », a centré son propos presque exclusivement sur la crise de l’Est et l’agression rwandaise, insistant sur le besoin de « rester solidaires avec nos compatriotes de Goma, Bukavu, Bunagana, Kamaniola, Walungu, Minova, Sake, Uvira et toutes autres agglomérations qui vivent sous le joug de l’agresseur ».
Les points de convergence: unité et soutien
Malgré ces nuances, les deux présidents se sont rejoints sur des points cruciaux, reflétant la position officielle et l’unité des institutions autour du Chef de l’État.
Ils ont reconnu l’accord de Washington comme une avancée diplomatique, Sama Lukonde parlant d’un « accord historique de paix… fruit de la diplomatie agissante portée par Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo ».
Ils ont tous deux réitéré leur soutien au président Félix Tshisekedi. Boji a exhorté les députés à « se rendre disponibles, sous le leadership éclairé de Son Excellence Monsieur le Président de la République… à accompagner notre gouvernement dans la défense de la patrie ». Lukonde, pour sa part, a fait écho au discours présidentiel sur l’état de la Nation.
Le soutien aux forces armées et aux groupes d’autodéfense est un point d’union fort. Lukonde a exprimé sa « profonde reconnaissance au courage et aux sacrifices des éléments des forces armées, des services de sécurité ainsi que des groupes d’autodéfense, les “Wazalendo”, tombés au front ». Boji a abondé en ce sens, encourageant « nos vaillants éléments des FARDC ainsi que les patriotes Wazalendo qui défendent la patrie au prix de leur sang ».
Le point de convergence le plus solennel est l’appel à la cohésion nationale. Aimé Boji l’a proclamé comme un impératif: « L’heure est à l’unité nationale. Face à l’agression et aux tentatives de déstabilisation, notre meilleure arme est la cohésion nationale ».
En définitive, si Sama Lukonde a insisté sur une approche de vigilance étendue aux défis sécuritaires globaux, Aimé Boji a opté pour une condamnation sans appel focalisée sur l’agression rwandaise, érigeant l’unité nationale en rempart ultime face à l’adversité.
HRM