Par une voix calme, l’archevêque Dodo Israël Kamba, président du Conseil interreligieux congolais (CIC), a souligné une démarche essentielle : celui de panser les plaies de la nation congolaise par la vérité, la justice et la réconciliation. Face aux décennies de conflits exacerbés par la prise des grandes villes, notamment Goma et Bukavu par l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda, de divisions internes et de méfiance généralisée, cette idée prend tout son sens. Le CIC propose d’instituer une Commission Vérité et Réconciliation (CVR) comme socle de tout renouveau national.
Le prélat appelle à ne pas précipiter un dialogue politique sans en établir les bases morales. « Il faudrait qu’il y ait une démarche qui soit instituée tentant à ramener les gens autour d’une commission que j’appelle vérité et réconciliation », a déclaré Dodo Kamba. Il trace les contours d’une véritable justice transitionnelle, indispensable pour rompre avec le cycle de violences récurrentes qui frappe particulièrement l’Est du pays, mais aussi d’autres provinces désormais instables.
L’archevêque insiste sur la nécessité impérative d’intégrer un volet de réparation dans ce processus. « Nous estimons qu’il faudrait qu’il y ait au préalable des réparations qui mettent les gens non seulement d’accord mais à l’aise », souligne-t-il. Les Congolais attendent plus qu’une simple rhétorique politique ; la douleur est tangible et quotidienne. Pour qu’un dialogue politique ait du sens, il est impératif que les victimes soient d’abord reconnues et écoutées.
Cette proposition du CIC n’est pas qu’un simple appel moral : elle a déjà été formalisée et déposée au sommet de l’État. « Il y a un travail qui a été fourni par nos experts du Conseil interreligieux congolais… On a déposé à la première institution », a-t-il indiqué.
L’exemple sud-africain
Pour mieux saisir la portée d’une telle initiative, l’expérience sud-africaine post-apartheid reste une référence incontournable. La CVR dirigée par Desmond Tutu a permis à des milliers de victimes et de bourreaux de se faire entendre, jetant les bases d’une paix relative et durable et évitant une guerre civile. En RD-Congo, où l’héritage des conflits est lourd (massacres, déplacements, violences sexuelles, impunité,…), ce processus comblerait un vide politique et symbolique urgent.
Alors que certains acteurs politiques évoquent la nécessité d’un dialogue national, Dodo Kamba met en garde contre une fuite en avant : « Nous pensons que ça peut être le préalable avant de pouvoir jeter directement au dialogue ». La logique ici est claire : on ne construit pas une paix durable sur des fondations pourries. L’unité nationale passe par un regard collectif sur le passé, la reconnaissance des torts et l’établissement d’une voie de rédemption.
Le président du CIC insiste sur l’apaisement des cœurs, notamment à l’Est, épicentre de la douleur collective. « Nous pensons que l’idée pourra ne serait-ce que soulager la peine de toutes ces victimes qui se retrouvent sur toute l’étendue de la République, particulièrement à l’Est de la République ». Dans ces régions où les armes parlent encore, la vérité pourrait être une première désescalade.
Le CIC est déterminé à structurer ce chantier. « Nous allons nous donner un travail le jour qui vient de pouvoir mettre ensemble quelques personnes clés… pour pouvoir réfléchir à ces sujets », a ajouté Dodo Kamba. Ce travail de concertation inclura la société civile, les victimes, les institutions, les acteurs politiques,… afin de bâtir une architecture solide pour le processus.
La mise en œuvre sincère de cette Commission vérité et réconciliation, proposée par le CIC, pourrait marquer un tournant majeur pour la RD-Congo. L’archevêque Dodo Kamba rappelle ainsi une évidence souvent oubliée dans les agendas politiques : la paix ne se décrète pas ; elle se construit.
MATSHI Darnell