L’interpellation d’Emmanuel Ramazani Shadary, Secrétaire permanent du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), survenue aux premières heures du 16 décembre 2025, a provoqué une onde de choc au sein de la classe politique congolaise. De l’ex-parti présidentiel aux figures de proue de l’opposition, les réactions convergent vers une dénonciation unanime de ce qui est qualifié de recul démocratique majeur.
Le point de convergence de toutes les chancelleries politiques réside dans la dénonciation d’une stratégie délibérée visant à étouffer la contradiction. Dans un communiqué, le PPRD de Joseph Kabila fustige une « entreprise délibérée visant à museler l’opposition politique » et à instaurer un « climat de peur et de psychose ». Cette lecture est partagée par le regroupement LGD et Alliés d’Augustin Matata Ponyo, qui note que cet acte s’inscrit dans un plan savamment exécuté pour « consacrer la pensée unique ».
Le caractère nocturne et violent de l’opération cristallise également les colères. Delly Sesanga, président d’Envol, condamne sans réserve la « brutalité répressive du régime », affirmant qu’aucun prétexte « n’autorise l’enlèvement nocturne d’opposants ». Pour Martin Fayulu, président de l’ECiDé, il s’agit d’une violation flagrante de l’ordre constitutionnel : « Les articles 16, 17 et 18 de notre Constitution ont été gravement violés », martèle-t-il, rappelant que « nul n’est au-dessus de la loi ».
Des indignations aux accents particuliers
Si l’indignation est collective, chaque état-major apporte une nuance spécifique à sa protestation. Le PPRD adopte une posture d’alerte internationale, interpellant « solennellement la communauté nationale et internationale » sur le « chaos institutionnel » qui guetterait le pays. Le parti de Joseph Kabila y voit une manœuvre pour offrir au pouvoir « un boulevard politique à des velléités anticonstitutionnelles ».
De son côté, Delly Sesanga élargit la problématique en citant les cas de « Shadary, Kamizelo et (ndlr : du journaliste) John Kabamba », y voyant des « pratiques barbares » incompatibles avec les valeurs démocratiques. Le regroupement LGD et Alliés met l’accent sur la dimension intellectuelle et humaine, exigeant la libération non seulement de Shadary, mais aussi du « professeur Pascal Isumbisho Mwapu », tout en appelant à une « mobilisation générale pour arrêter cette spirale injustifiée de violence ».
Une arrestation sous le signe de la brutalité
Les circonstances de cette interpellation, telles que relatées par l’épouse de l’ancien candidat à la présidentielle, renforceraient le sentiment d’arbitraire décrit par les opposants. Selon son récit, c’est à 4 heures du matin que des hommes lourdement armés ont investi la résidence familiale, usant d’une violence physique et verbale marquante pour emmener Emmanuel Ramazani Shadary vers une destination qui est restée longtemps inconnue.
Face à ce qu’elle qualifie d’« enlèvement », l’épouse du Secrétaire permanent du PPRD a manifesté hier devant l’ambassade des États-Unis à Kinshasa, prenant à témoin la diplomatie internationale sur le sort de son mari et de ses collaborateurs.
HRM