Alors que l’armée ougandaise (UPDF) collabore avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF à Beni et en Ituri, des interrogations émergent quant aux véritables intentions de Kampala dans l’Est de la RDC. Officiellement scellé en 2021 pour neutraliser les ADF, ce partenariat militaire semble cacher des ambitions non avouées.
Ce dimanche 23 mars, un message viral publié sur X (ex-Twitter) par le chef de l’armée ougandaise, Muhoozi Kainerugaba—par ailleurs fils du président Yoweri Museveni—a enflammé les débats. Il y annonce que la ville stratégique de Kisangani pourrait bientôt être sous contrôle du M23 ou de l’UPDF, sur ordre de son père. Une déclaration qui suscite de nombreuses réactions, renforçant les soupçons sur le rôle ambigu de l’Ouganda dans la crise sécuritaire à l’Est de la RDC.
Un partenariat militaire fragile
À Beni, la coopération FARDC-UPDF a été saluée par une partie de la population pour son efficacité contre les ADF. Toutefois, malgré cette alliance, les attaques rebelles se poursuivent et la menace s’étend désormais vers Lubero, où l’UPDF a renforcé ses positions. Si des avancées ont été enregistrées, la présence prolongée de l’armée ougandaise en RDC alimente les craintes d’un agenda caché.
L’Ouganda entre deux alliances ?
Une question cruciale se pose : comment Kampala peut-il être à la fois un allié des FARDC et entretenir des relations étroites avec le Rwanda, accusé de soutenir le M23 ? La récente visite de Muhoozi Kainerugaba à Kigali, suivie de ses propos controversés sur Kisangani, nourrit les doutes. Cette double posture renforce la méfiance au sein de la population congolaise, qui redoute une connivence entre l’Ouganda et le Rwanda dans la crise sécuritaire.
Pendant ce temps, Kinshasa multiplie les conférences et ateliers sur la sécurité nationale. Si ces initiatives traduisent une volonté politique de stabiliser l’Est, elles peinent encore à produire des résultats concrets. La population attend des mesures fortes pour contrer les groupes armés et clarifier la position du pays face aux manœuvres régionales.
Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous pression du M23, tandis que l’Ituri demeure en proie aux violences des groupes armés locaux et étrangers. Des organisations de la société civile et des défenseurs des droits humains alertent sur la persistance des massacres et des violations graves des droits fondamentaux.
Face à ces défis, certains analystes estiment que Kinshasa devrait réagir avec fermeté aux déclarations de l’Ouganda et clarifier sa position sur ce partenariat militaire de plus en plus incertain. L’avenir de la coopération FARDC-UPDF dépendra désormais des décisions du gouvernement congolais dans les jours à venir.
Précieuse PETU