RDC | Violence sexuelle contre les enfants : Kinshasa et Kasaï aussi exposées que les zones en guerre (Rapport UNICEF)

La République démocratique du Congo fait face à une urgence humanitaire dont les proportions atteignent des seuils critiques. Selon un rapport de l’UNICEF publié ce 30 décembre 2025, la violence sexuelle contre les enfants est désormais une crise « endémique et systémique » qui s’aggrave sur l’ensemble du territoire national.

L’analyse des données révèle une topologie de la crise aux racines plurielles. Dans l’Est du pays (Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri), le conflit armé et les déplacements massifs demeurent les principaux moteurs de l’insécurité. À l’opposé, dans des zones hors conflit comme Kinshasa ou le Kasaï, la violence prend un autre visage, alimentée par la pauvreté extrême et la déscolarisation.

Catherine Russell, Directrice générale de l’UNICEF, souligne cette transversalité en déclarant que « les témoignages sont les mêmes d’une province à l’autre, signe qu’il s’agit d’une crise profonde alimentée par l’insécurité, les inégalités et le manque de robustesse des systèmes de soutien ». Cette observation démontre qu’aucune province n’est épargnée par le fléau, indépendamment de la présence ou non de combats actifs.

Des statistiques sans précédent

Les chiffres compilés par les services de protection témoignent d’une accélération brutale du phénomène. Au cours des neuf premiers mois de l’année 2025, plus de 35 000 cas d’agressions sexuelles contre des enfants ont été recensés. Cette tendance confirme la dégradation observée en 2024, année où le pays avait enregistré près de 45 000 actes, soit le triple des données de 2022.

Le rapport précise néanmoins que cette comptabilité ne reflète qu’une fraction du désastre. L’organisation internationale explique que ces chiffres masquent un « préjudice généralisé et ancré durablement », précisant que le bilan réel est « certainement bien plus lourd du fait des défauts de signalement » liés à la stigmatisation et à la peur des représailles. Les adolescentes et les enfants en situation de handicap figurent parmi les groupes les plus exposés.

Séquelles et effondrement des financements

Les conséquences pour les survivants sont dévastatrices, allant des traumatismes psychologiques profonds aux risques accrus d’infections comme le VIH. Les victimes font face à un « rejet de la société, y compris l’exclusion familiale et communautaire », compliquant leur réinsertion.

Pourtant, alors que les besoins explosent, les ressources financières s’amenuisent. Le rapport pointe un « ciseau financier » alarmant : mi-2025, les interventions de lutte contre les violences liées au genre n’étaient financées qu’à hauteur de 23 %, contre 48 % en 2022. Ce désengagement contraint les structures d’aide à réduire leurs activités, menaçant de priver « 300 000 enfants dans les régions de l’est » d’un accès aux soins vitaux.

L’appel à une mobilisation internationale

Face à l’urgence, l’UNICEF exhorte le gouvernement congolais et ses partenaires à agir immédiatement. L’organisation plaide pour un renforcement de la responsabilité juridique afin que les auteurs soient « mis face à leurs responsabilités ».

Catherine Russell martèle que « cette crise liée à la violence sexuelle exige une intervention immédiate et l’observance du droit international ». L’appel se structure autour de quatre axes prioritaires : la prévention, la multiplication des services de prise en charge, le renforcement du système judiciaire et l’augmentation durable des investissements pour protéger l’avenir de la jeunesse congolaise.

HRM

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