RDC : eau et électricité, le monopole de l’échec ?

Bien qu’évoluant en situation de monopole, la Regideso et la Société nationale d’électricité (Snél) peinent, année après année, à assurer une desserte régulière et fiable de l’eau potable et du courant électrique à leurs abonnés disséminés à travers l’ensemble du territoire national. Une réalité aussi persistante que préoccupante, dans un pays où ces deux services constituent des besoins sociaux de base et ayant des cours d’eau à chaque kilomètre.

À Kinshasa comme à l’intérieur du pays, les coupures intempestives d’électricité et la pénurie d’eau potable rythment le quotidien des populations, contraintes de développer des mécanismes de survie souvent coûteux et peu durables. Groupes électrogènes, forages artisanaux, abonnements informels : autant de solutions palliatives qui témoignent de l’incapacité structurelle de ces deux entreprises publiques à remplir pleinement leur mission.

« Je réside à Binza Pigeon depuis plus de dix ans sans desserte en eau potable. Mes enfants sont nés et grandissent sans voir l’eau sortir des installations sanitaires et celles de la cuisine. Alors que notre pays a des cours d’eau dans chaque commune, territoire, district et province. Manquons-nous des fonds pour acheter les produits chimiques pour traiter cette eau ou pour acheter des motos pompes modernes et ultra-puissantes ? », a déclaré une résidente rencontrée sur une rue de Binza Pigeon.

Face à cette situation, le silence des députés nationaux interroge. Toutes circonscriptions électorales confondues, la passivité des élus du peuple s’observe depuis la première législature issue des élections de 2006-2011. Une inaction d’autant plus critiquée que nombreux d’entre eux semblent davantage préoccupés par leurs émoluments que par la défense effective des besoins essentiels de leurs électeurs.

Paradoxalement, certains députés revendiquent aujourd’hui un rôle d’« assistants sociaux », se substituant à l’État pour faire face aux urgences : frais médicaux, scolarité et obsèques. Une posture qui, loin de résoudre les problèmes de fond, contribue à banaliser l’inefficacité des politiques publiques dans les secteurs stratégiques.

Il devient dès lors impératif que la Regideso et la Snél revoient en profondeur leurs modes de gestion, avec un accompagnement rigoureux et responsable du Parlement. À défaut de réformes structurelles crédibles, ces deux entreprises risquent de subir, à terme, les effets de la libéralisation de leurs secteurs respectifs.

L’histoire récente offre des exemples éloquents. La SCPT, l’Onatra ou encore la Sonas, jadis confortablement installées en situation de monopole, ont été progressivement essoufflées par l’ouverture effective de leurs marchés. Sans anticipation ni adaptation, le monopole cesse d’être une protection et devient un piège.

En RDC, l’accès à l’eau potable et à l’électricité ne peut plus relever de la rhétorique ou de la résignation. Il s’agit d’un impératif de gouvernance, de dignité et de développement. Le temps de l’indifférence est révolu.

« Qu’est-ce qui justifie que plusieurs ou tous les pays désertiques d’Asie et ceux situés près des océans et des mers ne manquent pas d’eau potable ? Alors que la science nous enseigne qu’il est difficile d’avoir l’eau dans les déserts et qu’il est également très couteux de traiter l’eau salée en provenance de ces immenses cours d’eau de la planète. Pourquoi nous qui avons beaucoup de cours d’eau douces à travers notre pays, peinons à avoir en permanence cette eau traitée dans nos domiciles, hôpitaux, bureaux, écoles et universités ? », s’est interrogé un étudiant de l’université pédagogique nationale (UPN).

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