RDC | Élections : le sénateur Basengezi s’attaque au cumul des mandats, à la suppléance familiale et au seuil de recevabilité

La scène politique congolaise est-elle à l’aube d’une transformation structurelle ? En février 2026, le sénateur Norbert Basengezi Katintima, ancien vice-président de la CENI, a déposé une proposition de loi visant à corriger les « insuffisances révélées par l’expérience » des cycles précédents. Ce texte, à la fois techniciste et moralisateur, cherche un équilibre entre modernité technologique et intégrité éthique, mais suscite déjà des résistances au sein des états-majors politiques.

Moralisation des ambitions

Tenez. La réforme s’attaque frontalement au cumul des mandats. L’article 21 bis stipule : « Nul ne peut présenter sa candidature à plus d’un scrutin au cours d’un même cycle électoral ». Basengezi estime que « la pratique de candidatures multiples […] nuit à la lisibilité du processus électoral ». Si cette mesure favorise l’ancrage réel des candidats, elle pourrait être perçue par les grandes formations (UDPS, Palu, PPRD…) comme un risque d’émiettement de l’espace politique.

Autre changement majeur : la suppression du seuil de recevabilité de 60 %, jugé « discriminatoire et complaisant », qui ouvre davantage la compétition aux acteurs locaux.

Suppléance : du cercle familial au meilleur perdant

La proposition rompt avec la logique de succession familiale. L’article 116 révisé prévoit que les suppléants soient « désignés automatiquement parmi les meilleurs perdants des partis ou regroupements politiques », selon le nombre de voix obtenues. Cette innovation retire aux élus le pouvoir discrétionnaire de choisir leurs remplaçants, souvent issus de leur entourage, pour privilégier la légitimité des urnes.

Quota pour les femmes

Sur la question du genre, la réforme passe d’une logique incitative à une obligation. L’article 13 bis réserve un siège à la femme ayant obtenu le plus grand nombre de voix dans les circonscriptions de plus de trois sièges. Le sénateur insiste sur la « nécessité de mettre davantage en place […] des mécanismes incitatifs d’encouragement ». Reste à voir si ce « siège réservé » sera accepté dans un environnement politique encore dominé par des logiques masculines.

Dématérialisation et souveraineté des résultats

Le volet technique supprime les Centres locaux de compilation des résultats (CLCR), jugés obsolètes dans un contexte de vote semi-électronique. Les résultats seront désormais « transmis par voie électronique au Centre national de traitement (CNT) ». Si cette centralisation vise la rapidité, elle nourrit les craintes de fraude informatique. L’article 68 ter tente de rassurer : « Si, après vérification, il y a persistance de la discordance entre les deux supports, le support matériel fait foi ».

Sécurité juridique renforcée

Enfin, la réforme impose aux autorités exécutives de prouver leur démission avant de se porter candidates. L’article 22 bis précise que toute décision d’irrecevabilité « peut faire l’objet d’un recours en contestation » devant les juridictions compétentes dans un délai de sept jours.

En supprimant les étapes intermédiaires de compilation et en imposant le mérite électoral, cette proposition place le Parlement devant une responsabilité historique. Si elle est adoptée, elle pourrait marquer la fin d’une ère d’opacité au profit d’une gouvernance électorale plus agile, mais aussi plus exigeante pour la classe politique traditionnelle. Cependant, l’histoire impose prudence, car souvent, les hommes ne sont pas disposés à appliquer les lois qu’ils ont votées.

Hugo Robert MABIALA

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