C’est un avertissement sans ambiguïté. En des termes qui ne laissent place à aucune équivoque, le Procureur Général près la Cour de Cassation de la République démocratique du Congo a choisi d’assortir l’ouverture d’une enquête judiciaire d’un avertissement direct. Face aux « incidents » survenus le 12 juin dernier aux alentours du Palais du Peuple à Kinshasa, le magistrat « met fermement en garde toute personne qui se rendrait coupable de la propagation de rumeurs, d’allégations mensongères ou d’informations infondées », rappelant que de tels actes exposent leurs auteurs « à des poursuites judiciaires » pour « propagation de faux bruits ».

Cette réaction intervient dans un contexte de vive crispation interne et de pression internationale. Quelques jours plus tôt, la Belgique, l’Union européenne et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avaient vivement déploré la répression violente des manifestants. Le bilan du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, publié hier, a fait état d’au moins un décès et 38 blessés, dont quatre figures de l’opposition.
Dans des communiqués concordants, ces instances internationales ont insisté sur l’impérieuse nécessité d’ouvrir « une enquête impartiale et transparente » pour faire la lumière sur ces événements tragiques.
Comme réponse, le Parquet Général affiche une posture de rigueur. Assurant de sa « détermination inébranlable à faire toute la lumière sur ces incidents », le ministère public annonce une phase de « reconstitution des faits, tant en amont qu’en aval ». Cette mention de l’« amont » est lourde de sens : elle suggère que l’institution judiciaire ne se limitera pas aux violences observées le jour J, mais qu’elle entend également passer au crible l’organisation même du sit-in.
Le Parquet promet une démarche fondée sur la « collecte des données objectives et fiables » et le « strict respect de la loi ». De l’avis de certains observateurs, la méthode souleverait une question fondamentale. Si le contrôle de l’enquête demeure, du début à la fin, l’apanage exclusif du Parquet -institution structurellement liée à l’appareil d’État- quels moyens concrets l’opinion publique nationale et internationale aura-t-elle de vérifier le caractère réellement objectif et impartial de ces investigations ?
Voilà qui ramène sur la table la question de confiance envers les institutions judiciaires.
MATSHI Darnell