« il n’y a ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution »
La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) est finalement montée au créneau. Réunis en assemblée plénière extraordinaire à Kinshasa, les évêques congolais ont lancé, ce 19 juin, un cri d’alarme solennel : « La nation est en péril ». Au cœur de cette vive inquiétude : la volonté affichée par la majorité au pouvoir de changer la Constitution du 18 février 2006.
Pour les prélats, cette manœuvre ne répond à aucun impératif national, mais vise un objectif unique et inavoué : « offrir un nouveau cycle d’éligibilité à Félix Tshisekedi ». Une telle ambition, jugent-ils, briserait le « pacte républicain » chèrement acquis et ouvrirait la voie à des risques existentiels pour le pays, notamment celui de la « balkanisation ».
Entre terreur et manipulation
La CENCO dénonce avec vigueur les méthodes employées pour imposer ce dessein. Selon les évêques, cette campagne de réforme constitutionnelle s’opère dans un « climat de terreur » où les voix discordantes, même au sein de la majorité, sont réduites au silence. Parallèlement, l’espace civique se rétrécit : « les manifestations de l’opposition sont violemment réprimées par la police nationale en collaboration avec une milice d’un parti politique dénommée « Force du progrès » », fustige le communiqué.
Les évêques alertent également sur une manipulation institutionnelle manifeste. Ils soulignent que certaines lois, votées sous le faux prétexte de « combler un vide juridique », pourraient, en réalité, permettre de s’attaquer aux dispositions intangibles verrouillées par l’article 220. Or, rappellent-ils, cet article constitue « un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État ».
L’urgence est ailleurs
Face à cette fièvre politique, l’épiscopat invite à la lucidité. Pour les bonzes, « il n’y a ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution ». Ils déplorent que cette agitation détourne les regards des défis brûlants qui déchirent le tissu social : insécurité généralisée, recrudescence des violences physiques dans les grandes villes et désacralisation de la vie humaine.
Plus inquiétant encore, les évêques pointent du doigt l’instrumentalisation d’une jeunesse délaissée, désormais « incorporée dans les groupes transformés en milices » qui sèment la terreur en toute impunité. Pour la CENCO, ce délitement de l’autorité de l’État fait peser une menace directe sur l’unité du pays : « Si nous n’y prenons garde, nous assisterons à des affrontements interurbains ou inter-ethniques que personne ne saura maîtriser », préviennent-ils.
Face à ces périls, l’Église catholique exige un sursaut patriotique. Elle exhorte le chef de l’État à « honorer le serment qu’il a prêté devant Dieu et la Nation » de respecter la Constitution. Aux citoyens, les évêques adressent un appel à la vigilance, les invitant à s’opposer, par tous les moyens légaux et pacifiques, à « toute tentative de modification des articles verrouillés ». Le message est sans appel : le pays traverse une zone de turbulences où, plus que jamais, le respect de l’ordre constitutionnel demeure le seul gage d’une paix durable.
MATSHI Darnell