RDC | Dodo Kamba : « L’indépendance voulue de la centrale électorale n’est pas vis-à-vis des Confessions religieuses, mais surtout vis-à-vis des politiques… »

À Kinshasa, le Palais du Peuple est redevenu le théâtre d’une effervescence législative susceptible de redéfinir les équilibres du pouvoir en République démocratique du Congo. Le député national Meschak Mandefu a déposé, ce mardi 7 avril 2026, une proposition de loi visant à réformer en profondeur la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Si le texte aborde des aspects techniques tels que le seuil de représentativité ou le cumul des candidatures, c’est surtout la remise en cause du rôle des confessions religieuses qui concentre les tensions. En première ligne, l’archevêque Dodo Israël Kamba, président du Conseil International des Églises Chrétiennes (CIC), s’érige en défenseur du statu quo, refusant tout retrait du monopole des églises dans la désignation du président de la centrale électorale.

Le prélat, dont la voix est scrutée par les chancelleries comme par la classe politique, a choisi la pédagogie historique pour justifier sa position. Tout en saluant le caractère « innovateur » de la démarche parlementaire, il a opposé une fin de non-recevoir aux velléités de changement structurel. Rappelant l’éviction des religieux en 2011 au profit des seuls acteurs politiques, il a évoqué une période de « chaos » qui, selon lui, avait nécessité en 2013 le retour des églises dans leur rôle arbitral.

Pour l’archevêque Kamba, la désignation du président de la CENI par les confessions religieuses n’est pas une faveur accordée au clergé, mais une garantie pour la nation. Il estime que la proposition Mandefu comporte un risque de régression démocratique majeure : « Retirer cette exclusivité aux Confessions religieuses, ce n’est pas un problème. Mais c’est pour la remettre à qui exactement ? », a-t-il interrogé, mettant en garde contre le danger de voir les décideurs politiques devenir « juges et parties ».

Selon lui, le cadre actuel, renforcé en 2021, assure que seule une composante dotée d’une « expertise en matière électorale » et d’une distance morale suffisante puisse diriger la plénière. Le président du CIC a insisté sur l’essentiel : protéger l’institution contre les appétits partisans. « L’indépendance voulue de la centrale électorale n’est pas vis-à-vis des confessions religieuses, mais surtout vis-à-vis des politiques qui militent pour leurs intérêts », a-t-il martelé. À ses yeux, la société civile demeure le dernier rempart contre la politisation excessive de l’appareil électoral.

Enfin, l’archevêque a exhorté les législateurs à la prudence, rappelant que la crédibilité internationale de la RDC dépend de la stabilité de ses institutions. Convaincu que le système actuel a fait ses preuves lors des derniers cycles, il a conclu sans détour : « Mon avis est celui-ci : on ne touche pas à cette question ». Un avertissement solennel qui résonne comme une mise en garde : toucher au « monopole du sacré » dans le processus électoral risquerait de rouvrir des plaies encore vives.

MATSHI Darnell

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