Dans un pays où des millions de Congolais sont confrontés à des délestages récurrents et à un déficit énergétique chronique, la gestion des infrastructures publiques se retrouve de nouveau au cœur des débats. La cause : l’opacité dénoncée autour d’un partenariat de 662 millions de dollars américains pour la construction d’une centrale hydroélectrique à Kibombo. La Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC) exige la publication intégrale des contrats, l’évaluation indépendante de la rentabilité et la réalisation d’un audit général de la Société nationale d’électricité (SNEL SA) afin de faire la lumière sur la gouvernance de l’entreprise publique.
L’organisation citoyenne dirigée par Jonas Tshiombela exprimé sa vive inquiétude dans un communiqué rendu public le 16 octobre 2026 à Kinshasa. Interrogeant directement la Direction générale de la SNEL ainsi que les autorités de tutelle, l’organisation interpelle les décideurs sur les conditions de validation de ce mégaprojet énergétique. « La gestion de la SNEL exige davantage de transparence, de rigueur et de redevabilité », déclare la NSCC, soulignant qu’un investissement de cette envergure ne saurait être engagé sans garanties financières suffisantes ni explications publiques documentées.
Le projet au centre des préoccupations concerne la construction de la centrale hydroélectrique de Kibombo, territoire situé dans la province du Maniema, ainsi que du réseau électrique associé. Selon les documents techniques examinés par la société civile, le coût total des investissements s’élève à 662 010 000 dollars américains. Ce montant comprend 580 360 000 dollars consacrés au génie civil et aux équipements électromécaniques de la centrale, tandis que 65 millions de dollars sont destinés aux infrastructures de transport de l’électricité. Structuré sous la forme d’un partenariat public-privé, le montage prévoit la création d’une société de projet regroupant la SNEL SA et l’entreprise TWIGA POWER SARL.
Au-delà de la taille du chantier, la question des compétences administratives et juridiques du dirigeant de la société nationale constitue le point le plus sensible du dossier. La NSCC pointe un éventuel dépassement de pouvoir du Directeur général de la SNEL en rappelant les textes régissant l’entreprise. « Si, comme cela a été indiqué, les pouvoirs de signature autonome du Directeur général sont limités à un seuil de 3 millions USD, il est indispensable que le DG Teddy Lwamba explique sur quelle base juridique et administrative un engagement de plusieurs centaines de millions de dollars a pu être conclu », soutient la coordination nationale de l’organisation.
Étau juridique et vice de procédure
À cette préoccupation sur le rôle du Directeur général s’ajoute le constat d’une rupture des procédures d’autorisation préalables. Selon les éléments rapportés par la société civile, l’Assemblée générale de la SNEL avait exigé la création d’une commission technique pour évaluer la faisabilité, la rentabilité et le sérieux du partenaire privé. Or, cette instance d’évaluation n’aurait jamais vu le jour. « Si cette information est confirmée, une telle situation soulèverait de sérieuses questions quant au respect des mécanismes de contrôle et de validation préalables », prévient le communiqué, s’interrogeant ouvertement sur l’identité des responsables ayant autorisé la signature finale du contrat.
Le cadre d’attribution du marché fait également l’objet de réserves appuyées quant au respect des règles applicables aux marchés publics et aux partenariats public-privé. La société civile demande aux autorités compétentes de vérifier si les procédures de mise en concurrence ont été observées et de s’assurer de l’absence de conflit d’intérêts. Cette interrogation sur la légalité s’accompagne d’une dénonciation de l’opacité financière et contractuelle entourant la répartition des investissements, le partage des risques et les garanties d’exécution. « L’argent public exige des comptes. Un investissement de 662 millions USD impose une transparence totale », affirme l’organisation citoyenne pour justifier sa démarche.
L’exigence citoyenne d’un audit général
Face à ces zones d’ombre, la NSCC formule un ensemble d’exigences structurées pour faire la lumière sur l’opération. L’organisation réclame en premier lieu la réalisation d’un audit général, indépendant et approfondi de la SNEL portant sur sa gouvernance, ses contrats, ses marchés publics et ses engagements financiers. Elle exige la publication intégrale du contrat relatif à la centrale de Kibombo et de ses annexes, ainsi que la clarification des procédures d’autorisation et de validation auprès des organes d’administration et des ministères de tutelle. L’organisation demande également la communication des études de faisabilité technique et financière, la vérification indépendante de la procédure de sélection du partenaire, l’intervention des organes publics de contrôle compétents, la saisine des autorités judiciaires en cas d’indices d’infractions, et enfin la publication des conclusions de toutes les vérifications entreprises.
Cette prise de position dépasse le simple cadre d’un projet industriel pour poser la question de la gouvernance globale des entreprises publiques en République démocratique du Congo. En interpellant la Primature ainsi que les ministères du Portefeuille, des Finances, du Budget et des Ressources hydrauliques, la démarche citoyenne remet au centre du débat la responsabilité patrimoniale de l’État et le respect des règles de droit dans la gestion des grands travaux nationaux. « La SNEL est une entreprise publique dont les ressources et les engagements concernent directement l’ensemble de la collectivité nationale », rappelle la NSCC, affirmant que la modernisation du secteur énergétique ne saurait justifier l’affranchissement des mécanismes de contrôle légaux.
MATSHI Darnell