Dialogue de paix à Aru : un fragile espoir pour l’Ituri

Clôturé ce 27 juin 2025 dans la ville d’Aru, à 260 kilomètres de Bunia, le deuxième Dialogue de Paix en Ituri s’est tenu dans un climat tendu mais porteur d’espoir. Cette rencontre, facilitée par les autorités congolaises avec l’appui de la MONUSCO, visait à obtenir un engagement clair des groupes armés locaux pour mettre fin aux hostilités dans cette province meurtrie depuis des années.

Malgré la signature d’une nouvelle feuille de route par quatre des six groupes armés présents CODECO, FRPI, FPIC et Tchinia Ya Tuna , le retrait inattendu des groupes Zaïre et MAPI ainsi que des représentants de la communauté Ente a quelque peu assombri l’ambiance. Ces derniers ont quitté la salle en signe de protestation après le massacre, survenu le matin même à Drodro, de 11 déplacés internes, dont 8 enfants et 3 femmes, une attaque attribuée à la milice CODECO.

La feuille de route signée ce jour contient douze engagements majeurs. Les groupes signataires y affirment leur volonté de cesser immédiatement les hostilités, de ne plus commettre de violences contre les populations civiles ni contre les forces de défense et de sécurité. Ils promettent également de ne plus circuler armés et d’adhérer pleinement au programme de désarmement, y compris pour les enfants encore présents dans leurs rangs. Ces milices s’engagent à favoriser le retour sécurisé des personnes déplacées et des réfugiés dans leurs milieux d’origine, à garantir la libre circulation des personnes et de leurs biens à travers la province, et à ne plus entraver le retour des autorités locales pour permettre le bon fonctionnement de l’administration. Elles renoncent aussi à porter des tenues militaires ou policières, et s’engagent à respecter le droit international humanitaire, en veillant notamment à la protection des déplacés et à l’absence de toute activité militaire dans les sites qui leur sont dédiés. Enfin, elles affirment leur disponibilité à participer à la défense nationale dans le cadre légal prévu.

Pour que la paix devienne réalité, chaque acteur devra jouer sa partition. Les groupes armés attendent du gouvernement et de ses partenaires, notamment la MONUSCO, qu’ils accompagnent concrètement le processus. Il est ainsi demandé que des moyens conséquents soient alloués au programme de désarmement, démobilisation, réinsertion et stabilisation (P-DDRCS), que l’armée poursuive la traque des groupes armés non engagés dans le dialogue, et que la communauté internationale soutienne la mise en œuvre effective de la feuille de route.

Josiah Obat, chef du bureau de la MONUSCO en Ituri, a réaffirmé l’engagement de la mission onusienne à poursuivre son accompagnement. Pour lui, la signature de l’accord Aru2 n’est qu’une étape : « La paix est un processus long. Il reste beaucoup à faire dans le cadre du suivi de cet accord. Nous allons continuer à soutenir le gouvernement, à mener des actions de sensibilisation communautaire et à initier de petits projets à impact rapide pour occuper les jeunes et éviter leur enrôlement dans les groupes armés ».

Cependant, toutes les voix ne sont pas unanimes. Le Conseil provincial de la jeunesse de l’Ituri, par la voix de son président Deogratias Bungamuzi, a dénoncé une initiative coûteuse et incohérente, estimant que ce dialogue contredit la position officielle du gouvernement, engagé dans des opérations conjointes avec l’Ouganda pour démanteler les groupes rebelles. La société civile des Bahema Nord a, quant à elle, pointé du doigt le manque de sincérité de certaines milices, notamment la CODECO, accusée de “jouer la comédie”.

Malgré ces critiques, nombreux sont ceux qui veulent croire que chaque pas compte. « À chaque processus, c’est un petit pas qui est franchi, mais un pas de plus vers ce que nous voulons tous : le retour de la paix, le retour des déplacés et le développement de cette province qui a tout pour réussir son décollage économique », a rappelé Josiah Obat.

Le vice-gouverneur et sa délégation, qui devaient repartir pour Bunia en fin d’après-midi, ont finalement prolongé leur séjour à Aru pour poursuivre les discussions, notamment avec les représentants de la communauté Ente et les deux groupes qui n’ont pas encore signé. Lentement mais sûrement, un chemin se trace. Dans l’Ituri meurtrie, l’espoir d’un lendemain pacifique reste fragile, mais il est vivant.

Précieuse PETU

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