Le Président de la République a présidé, lundi 9 septembre 2024, une réunion extraordinaire du conseil des ministres. Le premier sujet qu’il a abordé est celui de la «tentative d’évasion dramatique à la Prison centrale de Makala». Le Président Tshisekedi a exprimé «sa profonde tristesse» pour les vies perdues à la suite de cet événement qu’il juge «inacceptable». Pour lui, toute vie humaine est sacrée et mérite toute son attention.
Félix Tshisekedi a, par ailleurs, insisté sur la discipline et cohésion (des membres du gouvernement) dans la gestion de cette crise. Il a chargé la Première ministre Suminwa d’y veiller. «Je voudrais souligner en faisant mienne le rappel à l’ordre de madame la Première ministre sur ce sujet, que l’action gouvernementale doit être coordonnée et ordonné», a déclaré Félix Tshisekedi qui a fustigé «l’individualisme» qui «n’est pas un atout». «Nous payons tous le prix des dérapages populistes individuels. Cet état des choses est inacceptable et ne devrait plus se répéter en matière de gestion de crises», a-t-il tonné.
A qui reproche-t-on le populisme?
Les propos du Chef de l’Etat suscitent naturellement un questionnement. A qui faisait-il allusion? Serait-ce à Samuel Mbemba, Vice-ministre de la Justice, qui, le 2 septembre, s’était hasardé à parler de deux morts, pointant dans la foulée les magistrats comme responsables? Ou encore Constant Mutamba, le ministre d’Etat en charge de la Justice lui-même? Les critiques reprochent à ce dernier une attitude individualiste. Et ses propos tenus à la prison de Makala alors qu’il revenait fraichement de sa mission à l’intérieur du pays tendent à le confirmer.
«Je viens d’atterrir et croyez-moi, je règle cette affaire dans deux semaines maximum», déclarait-il dans la vidéo tournée lors de sa descente. Et d’ajouter plus loin dans la même vidéo: «Vous venez ici, vous faites sortir les gens clandestinement. C’est un sabotage, ce n’est pas de l’évasion…». Voilà qui laisserait croire à une contradiction entre sa position et celle donnée par le VPM de l’Intérieur parlant d’une tentative d’évasion partie de l’intérieur de la prison et d’aucun évadé.
Remettre de l’ordre à Makala
Mais ce n’est pas le désamour entre le Président de la République et le ministre de la Justice. Félix Tshisekedi est d’ailleurs d’accord avec lui sur un point important: l’hypothèse d’une main noire tendant à saper les efforts du gouvernement. Il l’a chargé lui et le Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur Jacquemain Shabani de prendre les dispositions nécessaires pour parachever le rétablissement complet de l’ordre au centre pénitentiaire en question. «Les forces de défense et de sécurité, en association avec les équipes régulières de la prison, doivent assurer un contrôle total et permanent de la situation afin de prévenir toute nouvelle tentative du genre», a instruit Félix Tshisekedi.
Il a donné moins d’une semaine au tandem Shabani-Mutamba pour lui soumettre les conclusions de l’enquête en cours. Celles-ci devraient déterminer les causes exactes de cet incident, établir les responsabilités et des sanctions aux fauteurs de troubles.
Un service national de renseignement pénitentiaire dans le cadre de la réforme du système du lieu de détention
Le Président Tshisekedi a aussi invité le VPM Shabani et le min’Etat Mutamba à lancer, autour des acteurs du secteur, une réflexion sur la possibilité de créer un service national de renseignement pénitentiaire. «Ce dernier devrait être capable d’anticiper et de prévenir de telles tragédies à l’avenir et aura notamment pour missions de coordonner efficacement la surveillance et la sécurité au sein de nos établissements pénitentiaires», lit-on dans le compte rendu de la réunion du conseil.
Félix Tshisekedi a demandé au ministre de la Justice de fournir lors du prochain conseil des ministres un rapport sur l’évolution de la situation des principaux établissements pénitentiaires du pays caractérisés par une surpopulation récurrente, en dégageant les perspectives du dépeuplement urgent.
Le Conseil des ministres a signalé une autre tentative d’évasion maitrisée à Bunia le 7 septembre. Le Président de la République a recommandé la vigilance accrue aux forces de défense et de sécurité.
HRM