RDC: Inaudibles, les députés de l’Est continuent de s’opposer à l’état de siège

Les députés nationaux des provinces de l’Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu expriment leur ras-le-bol de l’état de siège lancé depuis mai 2021. Redevables devant la population de l’Est, principale victime des affres d’une guerre asymétrique qui sévit depuis un quart de siècle déjà, ils ont fait une déclaration à la suite de l’adoption, le jeudi 19 septembre 2024, de la 82e prorogation de l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu, malgré leur refus de participer à ce vote.

«Nous exprimons notre indignation en tant qu’élus du peuple… On nous interdit de nous plaindre, nous qui subissons la guerre», a déclaré, sur le perron du Palais du peuple, Justin Bitakwira, élu d’Uvira dans le Sud-Kivu, entouré des autres élus. Pour lui, le Président de la République a intérêt à écouter les élus de l’Est pour que la guerre prenne fin.

«Si aujourd’hui, vous alliez en Ituri, au Nord-Kivu et même au Sud-Kivu, vous organisez un referendum par rapport à l’état de siège, 100% ça sera Non à l’état de siège. Mais s’il organise un referendum sur la fermeture des frontières avec le Rwanda, ça sera 100% oui pour la fermeture des frontières avec le Rwanda», a-t-il soutenu.

Il a par ailleurs fustigé le fait que les provinces de l’Est ne prennent pas part aux différents pourparlers. «Nous insistons que même dans les négociations qui se tiennent à Luanda, Nairobi ou ailleurs, quand nous voyons les délégués qui nous représentent comme RDC sans la présence des leaders de l’Ituri, Nord-Kivu ou du Sud-Kivu, nous sommes indignés», a déploré Bitakwira. Et ce dernier de prévenir: «Dans les jours qui viennent, si on ne nous écoute pas, notre présence ne se justifierait plus au sein de cette Assemblée nationale. Nous chercherons un lieu où nous irons discuter sur notre sort et le sort de notre peuple. Nous sommes très sérieux».

Un business pour les officiers ?

Autre député qui a pris parole, Gratien Iracan de Saint Nicolas, élu de l’Ituri a estimé qu’avec l’état de siège le business est privilégié au détriment de la vie humaine. «Quand on est en train de proroger, vous voyez le nombre des morts qui continue d’augmenter, le nombre de déplacements massifs et nous avons la conviction aujourd’hui que l’état de siège est devenu un business tout simplement pour les militaires, les généraux qui sont sur terrain», a-t-il lâché. Et d’ajouter: «Aujourd’hui on sait voir qu’il y a un conflit net entre la population et les officiers militaires. On les accuse de faire de l’exploitation illicite des minerais, de chercher plus l’argent que d’aller protéger la population. Ils ne se donnent pas parce qu’il y a beaucoup de trafics entre les groupes armés, les rebelles, et certains officiers qui sont au sein de cette armée».

Iracan a aussii signalé quelques abus. «Au moment où je vous parle, pour ce qui concerne la province de l’Ituri, il y a un conflit flagrant entre les militaires et les civiles. On accuse toute la population d’être dans des groupes armés, on accuse toute la population d’être des M23. Ça ne peut pas se passer comme ça. On arrête beaucoup de gens en cascade et il n’y a pas de solution», a-t-il fait remarquer.

Il faut des discussions franches…

Gratien Iracan a déploré le fait que leurs voix soient inaudibles. «Il y a eu plusieurs assises où il a été demandé qu’on lève l’Etat de siège. A l’assemblée nationale, le 29 septembre 2021, nous avons voté une résolution pour lever l’état de siège, ça n’a pas été respecté. Il y a eu un dialogue où on a appelé tous les dignitaires des deux provinces, tous ont demandé la levée de l’état de siège, ça n’a jamais été levé», a-t-il renseigné.

Il a soutenu qu’il faut des échanges pour aider le Chef de l’Etat et la population de l’Est à retrouver la paix. «Il faut que l’on soit franc dans des discussions qui permettront que nous puissions avoir des recommandations d’autres organisations. Ce qui permettra qu’on ait le retour au calme», a-t-il soulevé.

Ce député du Sud-Kivu a souligné que la levée de l’état de siège ne veut pas dire l’arrêt des combats. «Nous avons l’armée qui est toujours disposée à combattre avec ou sans état de siège. Nous voulons qu’il y ait de l’ordre pour que les choses puissent revenir à la normale», a-t-il précisé.

L’Etat de siège avait été lancé depuis le mois de mai 2021 dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Et dès les premiers mois, ce choix du gouvernement congolais a connu beaucoup de critiques, entre autres, des organisations nationales et internationales.

MATSHI Darnell

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