Dans une lettre ouverte datée du 21 janvier 2026, les cadres et agents grévistes des antennes territoriales de Beni, Lubero, Masisi et Walikale du Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS) au Nord-Kivu dénoncent des faits d’une « extrême gravité ».
Leur revendication porte sur un dossier social explosif : 40 mois d’arriérés de salaires et de primes. Les signataires affirment que cette situation a « plongé des familles entières dans une précarité extrême », ajoutant que « certains des agents sont même décédés par manque de soins médicaux ». Bien qu’ils aient rempli leurs obligations pour la paix, ces travailleurs se disent privés de leur dignité fondamentale.
Selon la lettre adressée au gouverneur du Nord-Kivu, la réponse des autorités s’est traduite non par un dialogue social, mais par une répression judiciaire brutale. Le document met en cause Joseph Ndayambaje Sukisa (Coordonnateur provincial a.i.) et Jean-de-Dieu Ntanga Ntita (Coordonnateur national), accusés d’avoir instrumentalisé l’Auditorat militaire de Beni. Il souligne un paradoxe : alors que les agents réclament des années de salaires impayés, le Major-magistrat Georges Nkuwa Milosi exigerait des cautions de « 500 à 1000 dollars par personne » pour libérer les grévistes détenus.
Pour justifier ces arrestations, les autorités auraient invoqué des « accusations farfelues », présentant les grévistes comme des « collaborateurs du M23 ». Les auteurs dénoncent une manœuvre visant à « transformer une revendication légitime en problème sécuritaire artificiel ».
Face à cette « dérive préoccupante », les agents réitèrent leurs attentes : le paiement immédiat des 40 mois d’arriérés, la libération sans condition de leurs collègues « arbitrairement arrêtés » et l’ouverture d’un dialogue franc. À leurs yeux, cette crise lancée depuis septembre 2025 représente désormais une « menace sérieuse pour la stabilité » d’un programme pourtant dédié à la paix.
Rémy NSIMBA