Ce qui bloque le processus de Luanda !

Devant le Conseil de sécurité, la ministre d’État en charge des Affaires étrangères de la RDC a évoqué trois points qui bloquent l’adoption du projet d’accord à Luanda…

Le bout du tunnel semble reculer plus on avance dans la recherche des solutions pour la fin de la crise sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo. Débuté en 2022, le processus de Luanda qui, pourtant a marqué des avancées notables dans les pourparlers entre la RDC et le Rwanda, est aujourd’hui bloqué. En effet, l’adoption du projet d’accord de paix proposé par la médiation angolaise, ne saurait se faire comme prévu.

Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’Etat en charge des Affaires étrangères, Coopération internationale et Francophonie, en a donné les causes hier mardi 8 octobre 2024, au Conseil de sécurité de l’ONU lors de la Séance d’information sur la région des Grands lacs et la mise en œuvre de l’accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en République démocratique du Congo et dans la Région devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Il y en a principalement de trois ordres.

Neutralisation des FDLR et retrait des forces Rwandaises

Le premier volet du blocage se trouve au niveau de la question de la neutralisation des FDLR et le retrait des forces rwandaises prévus dans le projet d’accord. A en croire la ministre d’Etat congolaise, la RDC n’a pas de problème. Elle a élaboré, dès avril 2024, son plan de neutralisation des FDLR, incluant une évaluation complète de la menace, des opérations militaires et un suivi rigoureux des résultats. Le hic ! Le Rwanda n’a pas fait autant preuve de transparence et de sérieux. «La contribution du Rwanda, sur le retrait des forces, se résume à une simple promesse de retrait, sans garanties ni détails concrets, créant un déséquilibre qui compromet l’application cohérente du plan», fait savoir Thérèse Kayikwamba.

Pire encore, renseigne-t-elle, le Rwanda conditionne son retrait à la neutralisation des FDLR. «Un chantage», crie-t-elle. Pour la RDC, la neutralisation des FDLR et le retrait des forces rwandaises doivent se faire concomitamment. «Seule cette simultanéité peut assurer la crédibilité et l’efficacité d’un plan qui aspire à restaurer la paix dans la région», martèle la ministre des Affaires étrangères de la RDC.

Nécessité d’un mécanisme de justice régional

Le deuxième point qui bloque est le fait que le Rwanda rejette toute clause de responsabilité dans un éventuel accord de paix. Pour la RDC, le principe de responsabilité est le socle de toute résolution de conflit. «Sans responsabilité, il ne peut y avoir ni confiance, ni paix durable», tempête la ministre d’Etat.

Troisième point du blocage, le rejet du mécanisme de justice régional qu’exige la RDC. En effet, la partie congolaise soutient qu’il y a nécessité impérative d’un tel mécanisme pour répondre aux violations flagrantes du droit international commises depuis la résurgence du M23 en 2022. Thérèse Kayikwamba estime que «ce refus obstiné dévoile, sans ambiguïté, l’intention du Rwanda d’échapper à la lumière de la Justice».

De son côté, le Rwanda rejette ces propos de Thérèse Kayikwamba, sans cependant en réfuter la pertinence. «La clause de responsabilité et le mécanisme de justice régional ne figuraient même pas dans le projet d’accord-cadre proposé par l’Angola les 11 et 12 août 2024 à Kigali et Kinshasa, respectivement, n’étant pas au centre du processus de Luanda», écrit le ministre des affaires étrangères rwandais sur X. Il ajoute: «Il s’agissait en réalité d’amendements introduits de nulle part par la RDC, sans rapport avec la question sécuritaire en discussion, dans le but manifeste de compliquer les négociations et d’empêcher la signature d’un accord de paix en vue».

Le démenti du Rwanda suscite une question qui relève de la simple logique. Comment peut-on discuter de paix dans le contexte de la guerre de l’Est sans prendre en compte les notions de responsabilité et de justice?

La RDC appelle le Conseil de sécurité à prendre des sanctions ciblées contre les individus rwandais au sommet de la chaîne de commandement, impliqués dans le soutien au M23. «Nous demandons donc que ces sanctions incluent des interdictions de voyage, des gels d’avoirs et des mesures économiques, afin de mettre un terme à cette ingérence déstabilisatrice qui menace la paix et la sécurité régionales», martèle Thérèse Kayikwamba qui invite le Conseil de Sécurité à réaffirmer, avec force, les principes fondamentaux de justice, de redevabilité et de paix.

MATSHI Darnell

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