A Kinshasa, en Ituri, dans le Haut-Uélé, c’est plus de 2500 Congolais, travaillant à la Société minière de Kilo-Moto (SOKIMO), qui alertent, en vain depuis un temps, sur les insuffisances graves du Directeur général, Pistis Bonongo, et de son Conseil d’administration. Ils ont même invité l’Inspection générale des finances (IGF) à y faire un contrôle. Leur appel reste jusque-là sans réponse. Désintérêt? Le DG serait-il intouchable? Ou le sort des travailleurs importe peu?
S’il est difficile d’y répondre, les travailleurs, eux, continuent à tout tenter pour faire entendre leur voix. Depuis le 27 septembre, ils ont lancé une grève générale. Ces travailleurs qui avaient, au bout d’une longue bataille, trouvé un répit avec le paiement, par Kibali Gold Mine, des dividendes de la SOKIMO, se retrouvent encore impayés depuis le mois de février 2024. Ils réclament en gros 118 mois de salaire.
«Le DG doit assumer l’actif et le passif de la société. La SOKIMO a des difficultés certes, l’Etat a des obligations mais il y a un problème sérieux de la gestion», tonne Roger Katende Vingi, Vice-président de la délégation syndicale de la SOKIMO/Kinshasa. Et de souligner : «si on a une très bonne gestion, les dividendes peuvent permettre que les travailleurs soient payés chaque mois».
Roger Katende signale qu’au-delà des dividendes de kibali (environ USD 18 millions par an), la SOKIMO génère également des recettes, notamment avec Electrokimo en Ituri (aujourd’hui, selon les travailleurs, livré au bradage avec le contrat Southern Energy farouchement décrié à Kinshasa et à Bunia), ou encore la sous-traitance qui permet à la SOKIMO de récupérer 30% de la production des exploitants artisanaux (réunis dans près de 150 coopératives) dans ses concessions.
Mauvaise gestion de la SOKIMO favorise l’insécurité
Comme les travailleurs, l’Homme d’affaires Jean Bamanisa Saidi, ancien gouverneur de l’Ituri, déplore lui aussi, via un post sur X, la mauvaise gestion qui sévit à la SOKIMO. Seulement, il va plus loin, soulevant un aspect inattendu des conséquences de cette mauvaise gestion. «La mauvaise gestion de cette entreprise est à la source de la prolifération des groupes armés en Ituri», tempête l’ancien gouverneur de cette province sur X, partageant une Etude d’International Alert sur le rôle de l’exploitation des ressources naturelles dans l’alimentation et la perpétuation des crises de l’Est de la RDC qui corrobore son point de vue.
Lingot disparu !
Alors qu’à Kinshasa, les proches du DG Bonongo se targuent de la barre d’or produite par la SOKIMO en août dernier, Jean Bamanisa récadre les choses. Pour lui, cela n’est pas l’exploitation que mérite cette entreprise minière et toutes les populations de l’Ituri et du Haut-Uélé au regard des potentiels.
Pire encore, la Société civile Forces vives de la province de l’Ituri, dans une lettre adressée au ministre du Portefeuille, accuse le DG de la SOKIMO d’avoir dérobé un lingot d’or sur les trois que la SOKIMO aurait produits. «Pistis Bonongo en mission officielle à l’usine aurait dérobé ce lingot le 11 septembre 2024. Donc, au lieu de marquer la production de trois lingots dans le PV de production, il y en a deux qui sont régulièrement enregistrés», dénonce la société civile Forces vives.
HRM