La capitale de la République Démocratique du Congo, avec ses 12 millions d’habitants, ressemble à un géant malade, étouffant sous le poids de ses maux. Entre pannes d’électricité chroniques, accès limité à l’eau potable, routes défoncées et insécurité grandissante, la ville de Kinshasa s’enfonce dans un chaos quotidien. Dans une tribune poignante, l’activiste Jonas Tshiombela dresse un constat accablant : « Kinshasa vit dans le noir. L’éclairage public est quasi inexistant, transformant les rues en véritables pièges pour les piétons dès la tombée de la nuit ».
Les coupures d’électricité ne sont plus une exception, mais une règle. La SNEL, société nationale d’électricité, et la REGIDESO, en charge de l’eau, sont pointées du doigt pour leurs « facturations forfaitaires injustifiées, souvent sans relevé de compteur, en violation des droits élémentaires des consommateurs ». Pendant que les foyers kinois paient des services qu’ils ne reçoivent pas, les rues, plongées dans l’obscurité, deviennent le terrain de jeu des bandits.
Des routes impraticables, un étouffement permanent
Les embouteillages interminables sont le lot quotidien des habitants. Les rares routes encore praticables se transforment en bourbiers à la moindre averse, paralysant une ville déjà asphyxiée par son manque d’infrastructures. « Kinshasa étouffe dans l’indifférence générale », dénonce Tshiombela. Et pendant ce temps, l’eau potable se fait rare, forçant les plus démunis à se contenter de sources insalubres.
Une démocratie locale muselée
La colère gronde aussi contre la marginalisation des élus locaux. Les conseillers communaux, pourtant issus d’élections, voient leurs voix étouffées par des bourgmestres nommés, accusés de gouverner « comme en régime autoritaire ». Pire, les députés provinciaux et nationaux brillent par leur silence. « Aucun rapport d’évaluation, aucune interpellation forte, aucune proposition structurée pour tirer la ville de l’abîme », s’indigne-t-il.
Quelles solutions pour Kinshasa ?
Face à ce désastre, des propositions émergent. Le député national Bitakuira plaide pour la division de Kinshasa en « quatre Mairies autonomes, chacune dirigée par des personnalités représentatives des quatre grandes régions linguistiques du pays ». Une idée qui pourrait permettre une gestion plus équitable et efficace.
Parmi les pistes avancées : une décentralisation réelle, une refonte des services publics, l’autonomisation des élus locaux et l’intégration de technologies modernes. « Kinshasa n’a pas besoin de discours, elle a besoin d’actions urgentes et structurées », martèle Tshiombela.
L’ironie de la situation est que, dans l’entretemps, des millions de dollars continuent de s’évaporer dans les méandres de la corruption. Une question demeure : les autorités congolaises ont-elles encore la volonté, ou simplement la capacité, de sauver Kinshasa ? La capitale mérite mieux que l’abandon.
MATSHI Darnell