« Il est temps de rompre avec la culture de l’impunité » : Tshiombela exige une refondation éthique du pouvoir en RDC

Dans une tribune percutante, Jonas Tshiombela, figure de la société civile congolaise, fait entendre une voix qui tranche avec le silence embarrassé d’une classe politique compromise dans un énième scandale d’État. L’affaire Constant Mutamba, du nom du ministre de la Justice cité dans une procédure judiciaire autour d’un marché attribué sans appel d’offres, cristallise à ses yeux l’essoufflement d’un système devenu incapable de se réformer.

À travers ce texte incisif, Jonas Tshiombela ne se contente pas de dénoncer les dérives de l’exercice du pouvoir. Il en décrypte les mécanismes et propose une refondation du rapport entre l’État et les citoyens. Il commence par pointer l’ampleur du malaise que suscite ce dossier, qualifié de « séisme politique ».
Le fait qu’un marché sensible ait été confié à une entreprise sans procédure formelle, avec des fonds initialement destinés aux victimes des massacres de Kisangani, laisse, selon lui, transparaître « le désordre institutionnel qui règne au sommet de l’État ». Ce désordre, martèle-t-il, n’est pas un accident de parcours mais le symptôme d’un mal profond : une gouvernance désincarnée, déconnectée des priorités nationales et minée par l’impunité.

Pour Tshiombela, cette affaire s’ajoute à une longue liste de scandales non résolus : procès avorté des « 100 jours » aux projets inachevés de Tshilejelu, révélant une constante : les puissants échappent toujours à la justice, pendant que le peuple s’enlise dans la misère. Il s’indigne : « L’eau potable manque, l’électricité est rare, les écoles tombent en ruine, et les hôpitaux manquent de tout ». Face à cela, l’opinion publique ne demande plus des discours, mais des comptes.

En homme de principes, Tshiombela refuse de céder au fatalisme. Il voit dans la crise actuelle une opportunité d’amorcer une transformation structurelle de l’État. Et il en dessine les contours avec lucidité. Selon lui, il est impératif d’engager une réforme profonde de la justice, en garantissant une « indépendance totale aux magistrats », en renforçant leurs moyens, et en les mettant à l’abri des pressions politiques. À ses yeux, ce n’est qu’à ce prix que la justice cessera d’être perçue comme une arme au service des règlements de comptes politiques.

Tshiombela insiste également sur la nécessité d’un « audit général des marchés publics » attribués sous ce quinquennat. Les résultats, estime-t-il, doivent être publiés, et des sanctions effectives prises à l’encontre des auteurs de malversations, quels que soient leur rang ou leur parti politique. Mais cela ne suffirait pas sans la mise en place d’un organe indépendant de surveillance des finances publiques. Ce mécanisme, précise-t-il, devrait inclure des représentants de la société civile, des juristes, des auditeurs et des journalistes d’investigation, afin de garantir un contrôle pluriel et rigoureux des fonds de l’État.

Dans une société où la vérité est souvent restreinte, Jonas Tshiombela plaide aussi pour une meilleure protection des lanceurs d’alerte. Il faut « permettre à l’information de circuler sans que les auteurs soient victimes de représailles », écrit-il, dénonçant au passage le climat de peur dans lequel évoluent ceux qui tentent de révéler les abus. À cela, il ajoute une exigence de transparence dans la vie publique : les ministres et hauts fonctionnaires devraient, selon lui, « publier leur patrimoine à leur entrée et sortie de fonction », pour restaurer un minimum de confiance dans la gestion de la chose publique.

Mais au-delà des dispositifs techniques, c’est une révolution morale que Jonas Tshiombela appelle de ses souhaits. Il estime que la démocratie ne se résume pas à des élections, mais implique une redevabilité permanente envers le peuple. C’est pourquoi il avertit que le mandat du chef de l’État pourrait s’achever « dans le fracas des scandales » s’il ne parvient pas à remettre le cap sur les attentes concrètes de la population.

Concernant Constant Mutamba, l’auteur de la tribune ne remet pas en cause sa présomption d’innocence. Toutefois, il déplore la mise en scène d’une défense plus médiatique que judiciaire, qui donne le sentiment d’un pouvoir défiant la justice plutôt que coopérant avec elle. Il s’interroge : « Un ministre, sûr de sa probité, ne devrait-il pas spontanément se mettre à la disposition des juges pour que toute la lumière soit faite ? »

Cette tribune, loin d’être un simple coup de gueule, sonne comme un avertissement. Elle renvoie à une interrogation essentielle : la RDC va-t-elle enfin tourner la page des scandales impunis pour s’engager sur la voie d’une gouvernance éthique et transparente ? À cette question, Tshiombela répond avec force : « Le peuple n’attend plus des promesses. Il veut des actes, des résultats, la gouvernance éthique ».

Osée MABIALA

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