La nomination du général Olivier Gasita Mukunda comme commandant adjoint chargé des opérations et des renseignements militaires dans la 33ᵉ région par le président Félix Tshisekedi continue de susciter de vives tensions dans le Sud-Kivu. Contestée par une partie de la société civile et des milices locales, notamment les Wazalendo, cette décision ravive les inquiétudes sur la gestion sécuritaire dans une zone marquée par une instabilité chronique.
Les détracteurs du général Gasita lui reprochent notamment un rôle présumé dans la chute de villes stratégiques comme Bukavu et Goma aux mains du M23. Des accusations à caractère ethnique, en lien avec son appartenance à la communauté Banyamulenge, viennent accentuer la controverse.
Dans ce climat tendu, l’opposant Jean Claude Kibala, ancien ministre de la Fonction publique (2012-2015) et président du Mouvement social, a réagi par un message incisif publié le 8 septembre sur le réseau social X. Il met en garde contre une militarisation incontrôlée :
« Les Congolais de l’Est savent mieux que quiconque ce que signifie vivre sous la menace des groupes armés », écrit-il, appelant à une approche rigoureuse et encadrée de la défense nationale.
Alors que les Forces armées de la RDC (FARDC) coopèrent sur le terrain avec les groupes d’autodéfense Wazalendo, Kibala alerte sur une dérive préoccupante :
« Armer des civils non encadrés, c’est créer une armée parallèle incontrôlable ». Il insiste sur l’urgence de former et d’intégrer ces volontaires dans un cadre légal, sous une hiérarchie militaire clairement définie.
La récente déclaration du porte-parole des FARDC, reconnaissant que l’armée combat aux côtés des Wazalendo sans toutefois les encadrer, est jugée alarmante par Kibala, qui y voit « un sérieux problème de souveraineté et de sécurité nationale ».
Dans une formule latine lourde de sens « Nemo auditur propriam turpitudinem allegans », il rappelle que l’État ne peut se défausser de ses responsabilités. À ses yeux, l’émergence des groupes d’autodéfense est d’abord « le symptôme de l’échec de l’État à assurer la protection de ses citoyens ».
Aujourd’hui, Uvira est le théâtre d’une crise sécuritaire complexe, mêlant contestation politique, tensions communautaires et dérapages militaires. Une manifestation contre la nomination du général Gasita a dégénéré, faisant au moins un mort par balle et plusieurs blessés, civils comme militaires.
Rémy NSIMBA