L’entretien accordé par l’Archevêque Dodo Israël Kamba à l’émission « JMK Today » a largement résonné, tant sur la toile que dans les cercles politiques de la haute ville, suscitant des réactions contrastées au sein des états-majors et de l’opinion publique. En saluant les compétences de certaines figures de l’opposition et en abordant sans détour le cas du coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, le prélat a provoqué l’ire de certains responsables politiques – une réaction qui semble avoir éclipsé la profondeur de sa réflexion. Pourtant, cet échange d’une heure avec le journaliste Jean-Marie Kasamba converge vers un appel clair : unir les efforts des leaders congolais pour bâtir la paix. Dans cette perspective, Dodo Kamba formule un plaidoyer rassembleur qui, s’il bouscule les certitudes, porte en lui les germes d’une paix durable. L’homme semble avoir eu raison trop tôt.
Une synergie impérative pour l’édification du pays
Face à la fragmentation politique et aux conflits armés qui déchirent le pays, l’Archevêque appelle à une convergence des intelligences. Loin d’alimenter les clivages, il plaide pour une mise en commun des forces vives. « Le dialogue reste une voie pacifique et la meilleure pour converger les vues et mettre les gens ensemble », affirme-t-il avec une sérénité doctorale. Cette approche s’avère d’autant plus pertinente que le pays attend un dialogue national susceptible de stabiliser les institutions. Pour lui, le salut du Congo ne réside pas dans l’exclusion, mais dans la capacité des leaders à transcender leurs différends pour construire un avenir commun.
Cependant, cette volonté de rassemblement ne rime pas avec complaisance. Dodo Kamba conditionne la réussite de tout dialogue à une exigence de vérité. Il propose la création d’une Commission Vérité et Réconciliation, fondée sur les principes de la justice transitionnelle. « Il faudrait qu’il y ait une mise en place d’une commission… où l’on établit d’abord les faits et les responsabilités », précise-t-il.
À ses yeux, la paix ne saurait faire l’économie de la responsabilité morale. Il insiste sur la nécessité pour ceux qui ont porté atteinte à la vie humaine de rendre des comptes : « On demande à tous ceux-là qui ont commis ces choses d’avouer que ça n’a pas été une démarche de paix… À cela nous tient absolument la repentance ». Cette commission aurait pour mission de sensibiliser les acteurs, y compris ceux ayant pris les armes, afin de les amener à réparer les préjudices causés avant toute réintégration sociale ou politique.
Un leadership religieux empreint de dignité et de respect
L’un des aspects marquants de cette intervention est l’élégance avec laquelle l’Archevêque évoque ses pairs. Refusant toute polémique, il témoigne d’un profond respect envers Mgr Fulgence Muteba, malgré les rumeurs de tensions avec les catholiques. « Je dois être honnête, quand nous avons échangé avec lui, il a été très correct », confie-t-il, exprimant sa volonté de « construire ensemble » avec toutes les confessions.
Cette posture conciliatrice s’étend également à la sphère politique. En qualifiant des figures telles que Moïse Katumbi, Martin Fayulu ou Matata Ponyo de « cerveaux » essentiels à la République, il adopte une posture de médiateur plutôt que de censeur. Même à l’égard de Corneille Nangaa, il préfère mettre en avant l’intelligence de l’homme et ses accomplissements passés, tout en l’invitant à renoncer à l’extrémisme pour retrouver sa place dans la société. En somme, l’Archevêque Dodo Kamba signe ici un discours de haute tenue, appelant la nation à substituer la haine par la raison.
Hugo Robert MABIALA