Depuis le sommet de Kinshasa, organisé le 15 novembre dernier, Félix Tshisekedi assume la présidence de la CIRGL pour les deux prochaines années. Mais à en croire le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, cette nouvelle responsabilité ne signifie pas qu’un simple tour de clé suffira pour éteindre l’incendie sécuritaire qui embrase l’Est du pays depuis plus de deux décennies.
Lors d’un briefing conjoint avec le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, le lundi 17 novembre au studio Maman Angebi, Floribert Anzuluni a calmé les attentes : « Le fait de prendre les commandes de la CIRGL n’octroie pas à la RDC une clé magique pour mettre immédiatement fin à la crise sécuritaire dans l’Est ». Un message ferme destiné à éviter les malentendus, alors que l’opinion publique associe souvent présidence d’une organisation et pouvoir absolu.
Le ministre l’a rappelé : la CIRGL repose sur un mécanisme multilatéral, construit autour de douze États membres qui partagent à la fois un espace géographique et un fardeau historique. « La CIRGL est un cadre multilatéral. C’est l’ensemble des douze États qui la constituent. Il ne faudrait donc pas la confondre avec des considérations strictement bilatérales », a-t-il précisé.
En clair, la RDC n’est pas seule aux commandes d’un appareil décisionnel, et encore moins au-dessus de ses pairs. L’esprit du Pacte de 2006, pierre angulaire de l’institution, impose une démarche collective où l’intégration économique et la sécurité régionale avancent ensemble.
Si l’agression rwandaise est désormais assumée de manière plus explicite dans les textes de la CIRGL, la Déclaration finale parle du « pays agresseur », le ministre prend soin de recadrer l’objectif de la présidence congolaise. « À la tête de la CIRGL, l’objectif de la RDC n’est pas de régler ses comptes mais plutôt de promouvoir et d’impulser, avec le soutien des autres États, un élan s’alignant davantage sur le Pacte », insiste Floribert Anzuluni.
Autrement dit, Kinshasa ne compte pas utiliser la présidence comme tribune personnelle, mais comme levier afin d’activer davantage de solidarité régionale, un point crucial lorsque l’on sait que le Rwanda siège lui aussi dans l’organisation.
Le dernier sommet de la CIRGL remontait à 2020. En accueillant la neuvième édition, la RDC a non seulement réactivé les discussions, mais aussi obtenu une reconnaissance claire de la situation dans l’Est du pays. Pour Anzuluni, c’est déjà une avancée : une réalité longtemps minimisée trouve désormais écho dans une structure régionale où les pays impliqués dans le conflit sont autour de la même table.
Dans la logique du Pacte de 2006, le ministre souhaite voir l’organisation « plus dynamique » et capable d’assumer pleinement son rôle de mécanisme de prévention, d’alerte et de solidarité. Les protocoles signés, qu’il s’agisse de la lutte contre l’exploitation illégale des ressources, de la coopération judiciaire ou de la prévention de la violence sexuelle, donnent un cadre. Leur mise en œuvre reste le véritable défi.
Floribert Anzuluni insiste : la présidence n’est pas une fin en soi, mais un devoir supplémentaire dans une bataille qui se joue à plusieurs niveaux. « Ce que veut la RDC, c’est de voir la CIRGL être plus dynamique pour jouer pleinement son rôle et constituer un cadre de solidarité plus fort ».
L’enjeu est d’autant plus immense qu’il ne se limite pas à la sécurité. Les discussions portaient aussi sur l’intégration économique, le renforcement des infrastructures régionales, l’assainissement des chaînes d’approvisionnement et la mobilité commerciale. La paix doit être accompagnée, structurée, financée.
Kinshasa espère transformer ce mandat en tremplin diplomatique. L’État congolais dit privilégier « les outils diplomatiques pour mettre fin au conflit », tout en restant ferme face aux violations de souveraineté.
Pour la RDC, présider la CIRGL c’est aussi consolider sa place dans la région, parler d’égal à égal avec ses voisins et peser davantage dans les orientations de paix et de développement. Sans triomphalisme, mais avec lucidité.
Dans ce nouveau rôle, il y a une opportunité : celle de transformer une tribune politique en instrument stratégique, de porter la voix des populations meurtries tout en tentant de rapprocher les positions. Et cela, au fond, relève déjà d’un pari historique.
Osée MABIALA