Le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix, a publié ce samedi sur le réseau social X une déclaration dénonçant les récentes initiatives de paix concernant l’Est de la République démocratique du Congo, notamment les processus de Washington et de Doha. Il les qualifie de « non-événements » qui « offrent l’illusion d’avancées diplomatiques, mais ne modifient en rien la réalité de millions de Congolais déracinés, affamés et privés de leurs droits fondamentaux ».
L’ombre des intérêts étrangers
Selon lui, ces accords ne visent pas à restaurer la légalité internationale dans la région des Grands Lacs, mais répondent à des « velléités géostratégiques » dictées par des puissances extérieures. Il dénonce des processus « motivés par des intérêts économiques et financiers étrangers », attirés par les ressources minières, qui aggravent la vulnérabilité du pays et alimentent les dynamiques de prédation. « Aucun agenda politique ne peut primer sur le droit du peuple congolais à la sécurité, à la justice et à la souveraineté », insiste-t-il.
Des processus entachés de déficits
Mukwege identifie plusieurs failles majeures: un manque d’inclusion des Congolais, des négociations menées à l’étranger sans transparence, l’absence de mécanismes contraignants, et une approche bilatérale inadaptée à une crise régionale impliquant notamment l’Ouganda et le Burundi. Il déplore également une tendance à « normaliser une agression armée » au lieu de la condamner.
Ces lacunes se traduisent sur le terrain: l’Accord-cadre de Doha a été signé alors que le Rwanda n’a pas retiré ses troupes et continue de soutenir le M23, en violation du cessez-le-feu. Mukwege dénonce une stratégie du « talk and fight » et du fait accompli.
Appel à une paix fondée sur le droit
Le Dr Mukwege rappelle la violation de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU et appelle à des sanctions fortes, au retrait des forces étrangères et au démantèlement des administrations parallèles. Pour une paix durable, il plaide pour l’inclusion des populations locales, la reconnaissance de la dimension régionale du conflit, et une approche fondée sur la vérité, la justice et la responsabilité.
Pour lui, « tant que les intérêts économiques primeront sur les droits humains, aucune paix véritable ne pourra s’installer ».
HRM