Il est rare d’assister à une dispute aussi publique et tapageuse entre les deux piliers de l’économie congolaise : la Banque Centrale du Congo et le ministère des Finances.
Ce jeudi 4 décembre, alors que la Banque Centrale du Congo (BCC), fière de ses chiffres, affichait son optimisme, elle a vu sa lecture balayée par une riposte cinglante du ministère des Finances, dirigé par Doudou Fwamba. Le tout, sur le réseau social X.
Pomme de discorde: le bilan de l’impact du raffermissement du franc congolais.
Dans une publication sur X, la BCC a claironné son analyse intitulée : « Raffermissement du franc congolais et évolution des recettes publiques à fin novembre ». Pour l’institution monétaire, l’équation est simple et victorieuse: « Une analyse graphique démontre que l’appréciation du franc congolais sur le marché des changes n’a pas freiné la mobilisation des recettes publiques ».

Et de renchérir: « Au mois de novembre 2025, comme depuis le début de l’année, les réalisations ont été systématiquement supérieures aux assignations ». En clair, le FC se porterait mieux, les caisses de l’État aussi. Une harmonie parfaite, si l’on en croyait la BCC.
Le revers de la médaille, signé Finances
L’enthousiasme de la BCC aura été de courte durée. Le ministère des Finances a dégainé une réaction acide, cassant publiquement l’euphorie de la Banque Centrale et dénonçant une analyse jugée méthodologiquement bancale.
Le ministère a qualifié l’étude de la BCC d’« erronée et inexacte », pointant du doigt une présentation trompeuse des recettes. L’institution tutélaire du Trésor public est formelle: les chiffres du bilan ont été artificiellement gonflés, car « basés sur des recettes cumulées et comprenant même des avances fiscales ». Autrement dit, la BCC aurait compté des chèques avant l’heure. Curieux!
L’opposition est d’autant plus virulente que le ministère invoque le Fonds monétaire international (FMI) pour appuyer sa version. L’argument est massue: « Le cadrage du Fonds monétaire international […] ainsi que les données des administrations financières confirment la perte des recettes suite à l’appréciation du franc congolais ».
Le ministère a fustigé le manque de synergie entre les deux institutions: « [ndlr: Ceci] dans ce contexte où la coordination des politiques économiques est plus que nécessaire », laissant entendre que la BCC faisait cavalier seul. La « guerre des chiffres » est déclarée !
MATSHI Darnell