Le Sénat de la République démocratique du Congo a adopté ce lundi 15 juin, en séance plénière, la proposition de loi fixant les conditions d’organisation d’un référendum. Sur les 109 membres que compte la Chambre haute, 89 ont pris part au vote et se sont tous prononcés en faveur du texte. « Le Parlement, en toute responsabilité, a voté la proposition de loi fixant les conditions de l’organisation d’un référendum en RDC », a déclaré Jean-Michel Sama Lukonde, président du Sénat.
Cette adoption intervient alors même que le sénateur Salomon SK Della publiait une lettre ouverte adressée au Président Félix Tshisekedi. Dans ce texte, il appelle le Chef de l’État à renoncer à une démarche qu’il juge « inopportune » et « dangereuse » pour l’avenir du pays.
Au cœur de son interpellation, le sénateur SK Della insiste sur la dimension historique et symbolique de la Constitution du 18 février 2006. Fruit des accords de Sun City, elle fut conçue pour conjurer les dérives autoritaires et garantir l’alternance démocratique. Pour le sénateur, vouloir la changer aujourd’hui revient à « rompre le pacte républicain » et à « trahir la mémoire des treize parlementaires », parmi lesquels Étienne Tshisekedi wa Mulumba, père du Président actuel.
« Ces hommes ont bravé la dictature, enduré la prison et la torture pour que le Congo ne soit plus jamais la propriété d’un seul homme ou d’un clan », écrit SK Della. Associer le nom de Félix Tshisekedi à une telle entreprise constituerait, selon lui, une insulte au combat mené par ces figures historiques.
Un contexte sécuritaire et social jugé incompatible
Le sénateur souligne également l’inadéquation de cette initiative avec la situation du pays. Alors que l’Est demeure en proie à des violences persistantes et que l’État central peine à exercer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, l’organisation d’un référendum risquerait, selon lui, d’entériner la division nationale.
Il rappelle les manifestations populaires du 3 juin, marquées par une journée « ville morte », ainsi que celles du 12 juin, réprimées dans le sang. « Chaque goutte de sang versée pour lutter contre ce changement constitutionnel est une tache indélébile sur votre bilan », avertit-il.
Le spectre d’un troisième mandat
Pour SK Della, l’objectif réel de cette réforme est clair : ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel. Il met en garde contre les conséquences d’un tel passage en force, qui pourrait fragiliser davantage la légitimité des institutions et offrir un prétexte à la balkanisation du pays. « La concentration excessive du pouvoir a toujours déclenché les pires rébellions », rappelle-t-il, estimant que la RDC ne peut supporter le modèle d’autoritarisme centralisé observé dans certains pays voisins.
Une décision désormais entre les mains du Président
SK Della exhorte Félix Tshisekedi à retirer la proposition de loi avant qu’elle ne devienne irréversible. Il rappelle que le Sénat, « gardien des provinces et de l’équilibre de la Nation », conserve la possibilité de stopper cette initiative. Maintenant que la loi vient de passer à la Chambre haute, seul le Président de la République détient le pouvoir de promulguer ou de refuser la loi, conformément aux dispositions de l’article 79 de la Constitution qui lui confère ce rôle décisif.
« L’histoire vous regarde », écrit SK Della, avant d’invoquer la mémoire des figures de l’indépendance et des martyrs contemporains. Le sénateur cite notamment Patrice Lumumba, Joseph Kasa-Vubu, Étienne Tshisekedi, mais aussi Rossy Mukendi et Thérèse Kapangala, tombés pour la démocratie. Pour lui, le retrait du projet serait le seul moyen de préserver l’unité nationale et de rester « du bon côté de l’histoire ».
MATSHI Darnell