Kinshasa : Lydie Okosa sculpte l’héritage Mangbetu et Shoowa au Musée National

Du 24 au 26 août, le Musée national de RDC accueille « Architecture du corps », une exposition événement signée Lydie Okosa. Entre réinterprétation des traditions Mangbetu et écoresponsabilité parisienne, la créatrice insuffle un vent de haute couture conceptuelle sur la scène kinois.

Treize pièces sculpturales, six silhouettes, de la maroquinerie, des clichés d’archives : l’exposition « Architecture du corps » dévoile l’univers singulier de Lydie Okosa Bobunda. Un itinéraire créatif dont les prémices remontent aux bancs d’un lycée catholique, où la rigueur de l’uniforme attisait déjà son désir de transgression esthétique. « Mon but était d’apporter un détail singulier à cet ensemble minimaliste sans me faire repérer par la directrice de discipline », se souvient la styliste. Cette quête d’émancipation par le vêtement la mène naturellement de l’apprentissage du modélisme à la direction artistique de la marque Lok Style, avant de parfaire son regard à Paris.

Géométrie sacrée et haute facture

Nourrie par trois années de recherche à l’école LISAA Mode Paris, l’exposition orchestre un dialogue captivant entre le savoir-faire de la mode française et le patrimoine congolais. Au cœur du propos : la collection « Boîte crânienne », hommage vibrant à l’audace des femmes Mangbetu des années 1930 -célèbres pour l’élongation rituelle de leur visage- et aux graphismes hypnotiques des tissages Shoowa du Kasaï.

Loin d’un folklore figé, le vestiaire repose sur une poétique de la ligne : volumes étirés, coupes asymétriques, saillies nettes et rigidités maîtrisées. Franges mobiles, aplats color block et jupes crayons structurées réinventent le vocabulaire traditionnel. Fidèle à une vision éthique, Lydie Okosa façonne ses créations à partir de matières naturelles et éco-sourcées, dénichées dans les dead stocks de maisons parisiennes.

Une mode-manifeste

Au-delà de l’exercice de style, « Architecture du corps » s’affirme comme une démarche en phase avec les défis environnementaux du siècle. « Je m’oriente en toute conscience vers une démarche conceptuelle écoresponsable, en faveur d’une mode qui respecte à la fois l’héritage culturel et celui de notre planète », revendique la créatrice.

En jetant un pont créatif entre Kinshasa et Paris, Lydie Okosa ne se contente pas de célébrer la beauté : elle invite la jeunesse congolaise à se réapproprier son histoire visuelle. Une hybridation saisissante où la mémoire devient la matière première de la modernité.

HRM

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