À New York, James Swan rappelle que la médiation ne peut être crédible que si elle est acceptée par toutes les parties. L’ONU met en garde Kinshasa contre un dialogue instrumentalisé et insiste sur la préservation des libertés publiques.
À la tribune du Conseil de sécurité des Nations Unies, le langage diplomatique emprunte souvent des voies détournées pour signifier de véritables rappels à l’ordre. Ce 29 septembre, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo, James Swan, a livré un exposé où les questions de gouvernance et de réformes institutionnelles occupent une place particulière.
Derrière la courtoisie de rigueur, le patron de la MONUSCO a tracé des lignes rouges aux ambitions de Kinshasa, au moment où le pouvoir prépare un dialogue national sur fond de contestation autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle et d’un verrouillage de l’espace politique.
L’Onusien a d’abord pris acte de l’initiative présidentielle sans pour autant accorder de chèque en blanc. « Dans ce contexte, je salue l’annonce faite en août par le Président Tshisekedi, concernant le lancement d’un processus visant à organiser ce dialogue », a déclaré James Swan. Cette approbation de principe offre surtout à l’ONU un levier décisif pour s’immiscer dans la définition du cadre de ces concertations et éviter qu’elles ne dérivent vers un simple outil de légitimation politique.
Face aux velléités apparentes du camp présidentiel de piloter unilatéralement la conduite des échanges, la mission internationale a opposé une exigence de neutralité. James Swan a insisté sur la nécessité d’encourager « la mise en place d’un dialogue inclusif garantissant une large participation, reposant sur des facilitateurs bénéficiant de la confiance de l’ensemble des parties prenantes ».
Par cette précision, le haut fonctionnaire a désamorcé la tentative d’une médiation sous contrôle exécutif : il affirme que la représentativité du processus dépend d’une facilitation acceptée par l’opposition et la société civile.
Alors que la perspective d’un changement constitutionnel alimente les inquiétudes, la MONUSCO a recentré le débat sur les urgences structurelles du pays. James Swan a préconisé des discussions « permettant d’aborder en profondeur les priorités nationales les plus urgentes ». Il a ainsi invité l’exécutif congolais à concentrer le dialogue sur le rétablissement de la sécurité et la gestion des crises immédiates, plutôt que sur des réformes institutionnelles perçues comme opportunistes.
James Swan est par ailleurs revenu sur la détérioration du climat démocratique et la répression des rassemblements politiques. Il a lancé un avertissement direct à Kinshasa : « J’exhorte les autorités et l’ensemble des Congolais à préserver l’espace civique, à garantir les libertés fondamentales et à faire preuve de retenue et de tolérance politique ».
La mise en garde est claire : la cohésion nationale ne saurait s’abriter derrière des concertations de façade, alors que l’exécutif étouffe les libertés publiques sur le terrain.
MATSHI Darnell