RDC | Me Guy Loando : « La loi sur le référendum n’est pas forcément votée pour qu’on en organise un dans les jours à venir. Elle vient combler un vide juridique »

En République démocratique du Congo, les grands moments de bascule politique se négocient souvent dans l’enceinte feutrée mais volcanique du Palais du peuple. Hier, vendredi 23 octobre, les députés nationaux y ont voté la loi référendaire en l’absence de l’opposition parlementaire qui s’est retiré. Cependant, alors que l’Assemblée nationale s’apprêtait à trancher, en seconde lecture, sur ce texte ultra-sensible, le ministre d’État en charge des Relations avec le Parlement, Me Guy Loando Mboyo, s’est livré à un exercice d’équilibrisme politique particulièrement délicat lors de son entretien au média Jeune Afrique.

Face aux rumeurs persistantes de glissement électoral, aux accusations de l’opposition et aux inquiétudes du tandem CENCO et ECC qui soupçonnent le pouvoir de vouloir tailler la Constitution sur mesure pour le Président Félix Tshisekedi, la parole du gouvernement était attendue au tournant. En tant qu’interface centrale entre l’Exécutif et la représentation nationale, Guy Loando disposait de toute l’autorité institutionnelle pour cadrer le débat. Résultat : une prestation d’une maîtrise évidente, où le ministre d’Etat s’en est sorti haut la main, parvenant à balayer les suspicions sans jamais fermer la porte aux évolutions futures.

Le juriste face à la tension politique

Dans cette interview, Guy Loando a d’abord déployé une stratégie de déminage méthodique, articulée autour de la stricte rationalité juridique. À ceux qui voient dans l’examen accéléré de ce texte un passage en force, le ministre d’Etat répond par la neutralité de la procédure républicaine. « Ce n’est pas une question de précipitation, mais de procédure », tranche-t-il fermement, rappelant que « le Chef de l’État a sollicité une seconde lecture, le Parlement ne peut pas la refuser ».

Pour le chef de la diplomatie parlementaire, il convient de dépouiller la démarche de toute charge passionnelle afin de la ramener à sa seule fonction technique : « Il ne faut pas mélanger la démarche de l’opposition, qui est politique, et la loi référendaire, qui est une nécessité juridique. Le Parlement essaie de combler un vide ».

Une manière habile de signifier que se doter d’un cadre légal pour organiser une consultation populaire ne préjuge en rien de son utilisation immédiate. « La loi sur le référendum n’est pas forcément votée pour qu’on en organise un dans les jours à venir. Elle vient combler un vide juridique, pour l’avenir du pays », temporise-t-il, replaçant ainsi le pouvoir dans le rôle rassurant d’un bâtisseur d’institutions pérennes.

C’est sur la question du changement constitutionnel que la prestation Loando révèle toute sa finesse. Interrogé directement sur l’existence d’une volonté d’amender la Loi fondamentale à deux ans des échéances théoriques de 2028, Guy Loando dresse un bouclier institutionnel : « Il n’y a pas de projet gouvernemental de changer la Constitution. Jusqu’à présent, on en est simplement au niveau de la réflexion ».

Le MinEtat Loando se garde de trancher à titre personnel : « Je suis membre du gouvernement, donc je préfère me prononcer sur cette question dans un cadre institutionnel ». A la place, il esquisse le diagnostic d’un texte qui aurait vieilli. « Vingt ans après, il y a à dire et à redire. Une Constitution n’est pas figée », glisse-t-il.

Dans son approche, l’homme déplace le sujet du terrain des ambitions personnelles -3e mandat- vers celui du débat académique et sociétal. Guy Loando légitime ainsi l’idée même d’une révision. Il évoque ses échanges avec la jeunesse universitaire pour égrener des contradictions constitutionnelles concrètes et audibles par tous : la rigidité de la nationalité « une et exclusive » face à la réalité d’une équipe nationale alimentée par la diaspora, la nécessaire affirmation de la souveraineté sur les minerais stratégiques, ou encore les récurrents dysfonctionnements entre gouverneurs et assemblées provinciales. Le message est subliminal mais clair : le gouvernement n’impose rien aujourd’hui, mais la Constitution de 2006 ne saurait demeurer un dogme intouchable.

La véritable parade de Loando pour sortir de la nasse constitutionnelle aura été de ramener l’attention générale vers les urgences économiques et sécuritaires de la RDC. Alors que le budget 2027 est en passe d’être débattu, Guy Loando rappelle que la priorité absolue du gouvernement reste de « doter le pays d’une loi de finances » capable de financer l’effort de guerre à l’Est, la gratuité de l’enseignement et la santé.
Égrenant un agenda législatif résolument tourné vers l’attractivité et la souveraineté économique, le ministre d’État met en avant des projets structurants : un cadre légal rénové pour le complexe hydroélectrique d’Inga afin d’assurer l’indépendance énergétique, l’assainissement du secteur des jeux de hasard, ou encore la création d’un marché financier local. « La loi sur les marchés boursiers doit permettre d’avoir plusieurs produits boursiers dans le pays… pour que les entreprises minières qui financent leurs activités en dehors de la RDC puissent lever des fonds localement », fait-il valoir, insistant sur le leadership présidentiel visant à « rendre le pays très fréquentable ».
Avec cette sortie maitrisée, Guy Loando aura réussi son pari : faire la preuve d’un gouvernement au travail, maître du temps parlementaire, tout en préservant intactes ses options politiques pour l’avenir.

HRM

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