Grand Inga : l’axe Kinshasa-Washington s’active à Paris

Soutenu par les États-Unis et la Banque mondiale, le projet Grand Inga dépasse la seule question énergétique pour s’imposer comme le moteur de l’industrialisation minière congolaise le long du corridor de Lobito.

« Autant nous nous acquittons de nos engagements dans le cadre de l’accord de paix de Washington, notamment en ce qui concerne la neutralisation des FDLR, autant nous avançons dans la mise en œuvre de l’accord de partenariat stratégique avec les États-Unis ». C’est par ces mots que le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a résumé un moment charnière pour l’avenir énergétique et géopolitique de la République démocratique du Congo.

Ce signal politique fort trouve son ancrage concret à Paris, où le ministère de l’Économie nationale de la RDC et le Département du Trésor des États-Unis ont coprésidé, le 26 octobre 2026 dans les locaux de la Banque mondiale, la réunion inaugurale du Comité de coordination et de gouvernance du projet hydroélectrique Grand Inga. Cette rencontre marque l’opérationnalisation effective de l’article X de l’Accord de partenariat stratégique signé le 4 décembre 2025. Elle scelle la mise en place d’un mécanisme bilatéral permanent conçu pour propulser le projet Inga III, un chantier pharaonique destiné à doter la région d’un approvisionnement fiable et durable en électricité.

Les travaux de cette première assise parisienne ont permis de structurer les priorités programmatiques et opérationnelles du projet. Les délégations, réunissant des représentants ministériels des deux nations ainsi que des agences spécialisées telles que la DFC, l’USTDA ou l’ADPI-RDC, ont posé les jalons de l’avenir énergétique congolais. L’exécutif congolais doit d’abord trancher sur le choix de l’option de développement en s’appuyant sur l’étude d’évaluation réalisée par AECOM, qui pèse les considérations techniques, financières et les perspectives de demande. Parallèlement, les experts planchent sur l’élaboration d’un cadre juridique transparent à soumettre au Parlement, car, comme le souligne le texte officiel, l’adoption d’une loi sur Inga « demeure une priorité pour favoriser la mobilisation des capitaux privés et renforcer la confiance des investisseurs, des prêteurs et des partenaires au développement ».

Les discussions ont aussi insisté sur la viabilité environnementale et sociale du projet, exigeant une stricte attention portée aux « garanties environnementales et sociales, la concertation avec les communautés concernées, les retombées en matière de développement local et les éventuelles conséquences liées à la réinstallation des populations ».

L’intérêt stratégique du projet Grand Inga

Au-delà de la simple construction d’ouvrages d’art, cette dynamique dessine une mue géopolitique profonde. Le retour en force des États-Unis et des institutions multilatérales, à l’instar de la Banque mondiale, marque un tournant diplomatique majeur pour Kinshasa qui diversifie ses alliances. Ce réengagement américain s’articule directement autour du corridor Sakania–Lobito.
Les projets d’Inga ne sont plus seulement envisagés comme des sources d’éclairage urbain, mais comme le moteur névralgique du développement minier, de la transformation locale et du fonctionnement des grands corridors industriels. L’énergie produite doit alimenter la chaîne de valeur des minerais stratégiques de bout en bout, arrimant durablement l’économie congolaise aux routes commerciales transafricaines menant à l’océan Atlantique.

C’est précisément dans cette lecture géopolitique globale que s’inscrit la réaction de Patrick Muyaya. En liant ostensiblement la concrétisation d’Inga III aux avancées diplomatiques régionales, le gouvernement cherche à démontrer sa fiabilité sur tous les fronts.

L’exécutif rappelle ainsi que la crédibilité économique extérieure de la RDC est indissociable de sa stabilité intérieure et de ses efforts de pacification. En insistant sur le respect de ses engagements sécuritaires à l’est, notamment face aux FDLR dans le cadre de l’accord de paix de Washington, Kinshasa envoie un message clair à ses partenaires occidentaux : la transformation industrielle du pays et la renaissance du géant Inga marchent désormais de pair avec la reconquête définitive de la paix.

HRM

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