À plus de 1500 kilomètres à l’est de Kinshasa, Nairobi, capitale du Kenya, s’impose depuis plusieurs années comme la scène politique parallèle de la République démocratique du Congo. Cette métropole d’Afrique de l’Est est devenue au fil du temps le lieu privilégié où se nouent alliances majeures, initiatives politiques inattendues et discussions diplomatiques sensibles. La récente réunion de l’opposition congolaise, qui y a désigné, hier jeudi 15 octobre, Joseph Kabila comme chef de file de la coalition « Sauvons le Congo », vient renforcer cette dynamique, plaçant Nairobi au cœur du récit politique congolais contemporain.
Une désignation symbolique aux lourdes implications
C’est dans la capitale kényane qu’un groupe de leaders de l’opposition, dont Augustin Matata Ponyo, Franck Diongo, Jean Claude Vuemba, Seth Kikuni et d’autres figures influentes, ont officiellement reconnu Joseph Kabila comme leur chef de file. Cet acte redessine le paysage de l’opposition congolaise, tout en interrogeant sur le rôle croissant de Nairobi dans l’architecture politique nationale.
Le précédent de l’AFC : une autre initiative née à Nairobi
Quelques mois plus tôt, en décembre 2023, c’est également à Nairobi que Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), a lancé l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), en coalition avec le mouvement armé du M23. Ce lancement spectaculaire, assorti d’un discours offensif et d’une alliance inédite entre un acteur politique civil et une rébellion armée, a conduit quelque temps plus tard à l’occupation d’une partie des provinces du Nord et du Sud Kivu, avec le soutien du Rwanda. Là encore, Nairobi sert de plateforme à une initiative politique majeure, aux conséquences sécuritaires et institutionnelles non négligeables.
2018 : l’acte fondateur du CACH dans l’ombre kényane
Mais l’histoire entre Nairobi et la politique congolaise remonte encore plus loin. En novembre 2018, à la veille des élections présidentielles au pays de Lumumba, c’est dans la capitale kényane que Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, alors opposants à Kabila, ont conclu, presque à huis clos, leur alliance au sein du Cap pour le changement (CACH). Ce pacte pré-électoral sera déterminant pour l’accession de Tshisekedi au pouvoir. Nairobi agissait alors comme un espace de discrétion et de stratégie, loin de l’agitation politique congolaise.
La diplomatie de la paix : les pourparlers avec les groupes armés
La capitale kényane a également accueilli, en 2022 et 2023, plusieurs sessions de négociations entre le gouvernement congolais et des groupes armés opérant dans l’Est du pays. Ces pourparlers, initiés sous l’égide de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), visaient à pacifier le Nord-Kivu, l’Ituri et le Sud-Kivu. Si les résultats sont mitigés, ces rendez-vous témoignent une fois de plus de la place croissante de Nairobi comme capitale diplomatique de la crise congolaise.
Pourquoi Nairobi ? Un espace neutre et stratégique
À en croire un analyste, si Nairobi séduit les acteurs politiques congolais, c’est en raison de son statut de capitale neutre, dotée d’une forte présence diplomatique internationale et d’un cadre institutionnel plus ou moins stable. La liberté d’expression y est plus assurée, les risques de pressions politiques réduits, et les logiques régionales de médiation plus consolidées. Il semble que Nairobi offrirait ce que Kinshasa ne garantit pas toujours : la sécurité, la discrétion et l’efficacité pour des négociations de haute importance.
HRM